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 La psychosomatique : Un fétiche pour les ignorants

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sidaventure
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15102010
MessageLa psychosomatique : Un fétiche pour les ignorants

La psychosomatique : Un fétiche pour les ignorants

Freud n’a jamais parlé de psychosomatique. Cela devrait inciter les psychanalystes à être plus prudents dans l’usage qu’ils font de ce terme, pour qualifier des manifestations corporelles dont on ne sait pas grand-chose, plutôt que de vouloir à tout prix les expliquer par des théories diversement confusionnelles et obscurantistes. Elles ont, aujourd’hui, pour résultat de faire de la psychosomatique un objet à tout faire, élevé au rang de fétiche qui voile cette ignorance.

La société moderne, dominée par le discours de la science, a hérité d’une conception psychosomatique de l’être humain bien encombrante. On peut en critiquer les fondements et la pertinence, mais comme c’est une notion passée dans le langage commun, elle opérante dans l’imaginaire du sujet. Il faut par conséquent apprendre à savoir faire avec, tant qu’on ne saura pas nommer la chose autrement. Pourtant Lacan dit que la coupure entre le physique et le psychique est une foutaise connue depuis toujours. En fait la séparation ne passe pas entre le corps et l’esprit mais entre et le psychique et le logique. C’est ce qui rend possible l’articulation de discours qui ne s’invalident pas mutuellement, tout en abordant le réel de façons différentes.

Les théories psychosomatiques

En dehors de la conception lacanienne, se distinguent aujourd’hui trois grands courants de pensée sur la psychosomatique.

Pour le premier, chez l’homme tout est biologique, y compris l’appareil psychique. Pour l’affirmer on va même jusqu’à s’autoriser de Freud, puisqu’il y a incontestablement dans ses élaborations une pente biologisante. N’a-t-il pas situé l’appareil psychique au niveau du système neuronique, et plus précisément de la synapse [1] ? Il est vrai que Freud est même reconnu, pour cette raison, comme un des découvreurs de la synapse par les neurobiologistes. Pour les tenants du tout biologique, le psychique est localisé dans le système nerveux central, d’où il émet ses ordres. À y regarder de plus près, les choses ne sont pas aussi simples, car il n’y a pas de théorie unitaire chez les biologistes purs et durs. Chacun se fait une conception de l’homme en fonction du biais par où il l’aborde.
Il y a eu l’homme anatomique, autrement dit le cadavre autopsié dans son corps et prochainement comme on nous le promet dans son esprit, puis l’homme hormonal échoué dans les éprouvettes, l’homme neuronal, confondu avec une centrale électrique qui a pété les plombs, l’homme génétique qui aujourd’hui est en pleine déroute malgré l’élucubration grotesque du « génie génétique » et, dérivant de ce dernier comme son avatar obligé, l’homme immunitaire, et enfin l’inénarrable homme symbiotique. Ces théories sont loin de s’accorder. Les progrès qu’elles apporteraient à la connaissance de l’homme vont plutôt dans le sens de l’involution galopante et sans remède du savoir. Ce qui démontre que le corps biologique, l’organique n’est pas le réel dernier, qu’on serait assuré de saisir par des moyens de plus en plus sophistiqués mais qui à mesure de son approche, se pulvérise en une poussière de bouts de réel. D’ailleurs en biologie les notions de vie et de mort ne sont pas pertinentes. L’inconvénient de ces conceptions, qui ont leur valeur propre dans leur champ d’application, c’est qu’elles finissent par confondre les trumains avec des rats de laboratoire, niant qu’ils sont avant tout un des êtres parlants, des parlêtres même, selon l’heureuse invention de ce terme par Lacan. Si on demande aux biologistes de nous dire pourquoi l’homme est le seul animal parlant, ils ne savent pas répondre, c’est à peine s’ils se sont même jamais posé la question. Certains, cependant, avancent qu’après tout le langage n’est qu’un organe supplémentaire que posséderait l’être humain. Cet organe serait logé dans le cerveau. Mais à cela, il y a une objection : en effet, un organe réel ne peut pas se saisir lui-même. Une main par exemple, ne peut être saisie que par une autre main. Or, le langage a cette propriété de ne pouvoir être saisi que par lui-même. C’est pourquoi il n’est pas un organe réel. Il est d’un autre registre, celui du symbolique qui est hors corps, du registre de l’incorporel. La psychanalyse démontre qu’il n’y a pas de métalangage. Autrement dit, on étudie le langage avec le langage, et on fait de la théorie avec les mots de la langue courante, pour les élever au rang de concepts, même dans la science des sciences la mathématique.

La spécificité parlante du corps humain n’a pas d’équivalent dans le règne animal. Certes l’animal domestique est perméable aux effets de la parole, mais il n’a pas accès au langage. C’est pourquoi on n’a jamais pu créer d’autres espèces d’animaux domestiques que celles que nous connaissons depuis que l’homme existe. On peut éventuellement apprivoiser un animal sauvage, mais il ne sera jamais domestiqué, et ce qu’il aura appris ne se transmettra pas héréditairement. Même s’il n’est pas exclu que certains animaux aient plus ou moins à faire avec une ébauche de la fonction symbolique. Ce que l’on appelle langage animal est radicalement différent du langage articulé chez l’homme. Le langage des abeilles par exemple est fait de signes univoques, ce sont des indices du réel, ce ne sont pas des signifiants dont l’équivocité produit des significations multiples.

C’est dans cette ligne de pensée du tout biologique chez l’homme que s’inscrit l’éventail de théories qui vont de Franz Alexander [2] aux neuro-psycho-biologistes [3]. Pour eux, la névrose, la psychose et la perversion sont liées à une cause organique, donc, et à plus forte raison, les lésions psychosomatiques le sont aussi. Le traitement proposé pour ces manifestations combine l’allopathie, et quelques interprétations de bons sens à l’endroit du sujet.

Le deuxième courant de pensée considère que tout chez l’être parlant est psychosomatique. Ici, c’est la toute-puissance du psychique qui est affirmée alors que le réel biologique est démenti. Le chef de file de ce courant de pensée est Groddeck [4]. Freud lui a emprunté le terme de Es, le ça, pour désigner le réservoir des pulsions. Mais après avoir loué ses travaux, Freud les rejette sans appel, et même en termes cruels pour leur auteur. Il faut dire que les élaborations de Groddeck sont impossibles à soutenir, il affirme mais ne démontre rien. Pour lui par exemple, un cancer de l’utérus exprime le désir avorté d’avoir un enfant, c’est imparable, comme la plupart des exemples cliniques que peuvent donner les psychosomaticiens. Or, ce n’est pas l’exposé du cas « tout cru » qui peut faire preuve, puisque la clinique est irréfutable, c’est sa théorisation qui le porte au rang de paradigme démontré logiquement. D’autres auteurs, Dunbar, par exemple, parle volontiers de névrose, voire de psychose, d’organe [5]. Mais il y en a de plus extrémistes encore, qui dans leur acharnement à vouloir psychologiser le biologique en viennent, par un curieux renversement, à faire des espèces animales apparemment les plus éloignées de l’homme des êtres presque parlants. Telle cette équipe de neurophysiologistes français, qui sont allés étudier les rêves chez les mouches, alors que par ailleurs ils réfutent totalement la théorie freudienne du rêve.
Pour le troisième courant, il y a des maladies psychosomatiques. Ici les auteurs sont plus prudents, affirmant la causalité psychique de certaines affections du corps, que la médecine abandonne pour un temps ne pouvant les répertorier dans son savoir et, par conséquent, ne pouvant les traiter. L’histoire de la médecine est ponctuée de ces mouvements d’avancée et de recul de son savoir par rapport à ces affections, qu’elle laisse dans ses marges jusqu’à ce qu’elle puisse les réintégrer dans son champ opératoire.
Les psychosomaticiens de ce courant de pensée affirment la causalité psychique d’un certain nombre d’affections dont la médecine officielle a dressé la liste. Encore semble-t-il que, pour certains types d’entre elles, l’étiologie soit mieux connue aujourd’hui :

l’ulcère gastroduodénal est causé par une bactérie (Hélico-bacter-pylori). Il s’amende par antibiothérapie.
atonie (asthme, eczéma, allergies) est liée à des différences dites génétiques, sous le prétexte qu’elle s’observe au niveau de toute une fratrie ;
le psoriasis est lié lui aussi à un trait différentiel non démontré de même nature.
la recto-colite hémorragique relèverait d’un facteur immunitaire improbable.
Ces affections sont des maladies récurrentes, évoluant par poussées entre lesquelles existent de longues périodes de rémission. Il y a indiscutablement une certaine participation subjective dans leur évolution, mais il est impossible d’affirmer trop catégoriquement, comme le font certains auteurs, que ces lésions relèveraient seulement d’une causalité psychique. Il faut être d’autant plus prudent pour affirmer la nature psychique de ces affections qu’on peut les rencontrer dans la pathologie animale domestique autant que sauvage.

L’École de psychosomatique de Paris isolerait une structure subjective spécifique à ces manifestations. Il s’agirait d’un sujet dont le portrait-robot serait celui d’un débile mental, qui se caractériserait par un quasi-mutisme et la pauvreté de son fantasme [6], appréhendant le monde sur le mode d’une pensée opératoire. C’est quand même une étrange catégorie clinique, forgée pour les besoins de la cause psychosomatique, si l’on sait que dans le champ freudien on définit trois types de structures subjectives différentes et pas plus : la névrose, la psychose et la perversion. Il n’y a pas de transformation de l’une à l’autre, même si le névrosé peut présenter des traits de perversion, même si l’hystérie peut se manifester par des épisodes délirants de dépersonnalisation, même si le psychotique est tout à fait normal en dehors de ces accès. Christophe Dejours, par exemple, conçoit la causalité des lésions dites psychosomatiques de la façon suivante [7] : les sujets prédisposés aux lésions psychosomatiques présentent un inconscient qui en raison de sa minceur en un certain endroit ne peut plus s’opposer à la poussée de la pulsion de mort agissant dans le ça, de sorte que des lésions du corps s’en produiraient. Dejours conçoit la pulsion de mort comme une manifestation de l’organique, il en fait ainsi autre chose que ce que Freud pouvait en dire, lui qui qualifiait sa théorie des pulsions de mythe. C’était sa façon de parler de la structure, même à vouloir l’inscrire dans le biologique. En utilisant un concept de la psychanalyse séparé de son implication dans la théorie freudienne, Dejours transforme radicalement la conception que Freud avait de l’appareil psychique. Or, à céder sur les mots, on cède sur les choses et puis sur tout. La porte étant ouverte pour d’autres, des excès n’ont pas manqué de se produire. En allant chercher des références dans une conception symbiotique de l’homme, dernière-née d’une science en mal d’esprit, on tente de faire croire que la psychanalyse peut apporter des découvertes dans le domaine de la biologie, ce qui est de l’escroquerie. En voici un exemple.

Par confusion de vocabulaire, certains avancent que la dépression psychique, qui entraîne parfois une légère baisse des défenses immunitaires de l’organisme, peut causer une dépression immunitaire responsable du Sida, comme s’il pouvait y avoir une commune mesure entre les deux ! Certes, les affects peuvent avoir un certain retentissement sur la biologie du corps, mais il vaudrait mieux ne pas confondre la causalité psychique d’une lésion corporelle, ce qui est toujours à démontrer, avec le retentissement subjectif normal de toute maladie organique.

Néanmoins, cette remise en cause des conceptions de l’École de psychosomatique de Paris n’invalide pour autant l’expérience clinique très importante ni la pratique de ses tenants. Ce qu’ils proposent comme traitement psychothérapique de ces affections nommées psychosomatiques consiste à fabriquer avec leur patient un fantasme qui donnerait sens à sa lésion. De ce fait elle s’amenderait parfois. Tel asthme serait, par exemple, l’expression d’un conflit œdipien non résolu.

Les conceptions lacaniennes des phénomènes psychosomatiques

Les définitions de Lacan dans ce domaine ne sont pas univoques et sont toujours en résonance avec la conception du corps, tel que la science peut le définir.

Dans une première élaboration qui date de 1948 [8], Lacan a une conception très classique de la psychosomatique.

Le corps était encore conçu à cette époque par la biologie comme un homéostat fonctionnant à la manière d’une machine à vapeur de Denis Papin. Si la tension corporelle n’est plus contrôlée ni régulée et qu’elle devient trop élevée, des lésions peuvent se produire. Dans ce registre, Lacan présente un cas clinique d’hypertension artérielle essentielle (c’est-à-dire sans cause organique décelable). Elle serait liée à une tension psychique trop intense, au niveau de l’être, causée par un stress aspécifique, qui à se prolonger durablement engendre des lésions corporelles. Notamment dans ce cas ce sont des hémorragies rétro-rétiniennes. Le traitement associe l’allopathie et la psychothérapie.

Mais c’est entre les années 1964 et 1976 que Lacan va produire sa conception la plus achevée des phénomènes psychosomatiques.

Il faut d’abord savoir qu’en 1952, la découverte de la double hélice d’ADN, par Watson et Crick (ce qui leur a valu un prix Nobel), a entraîné une révolution radicale dans la conception du corps. Pour le dire très schématiquement, à partir de là, on ne définit plus l’homéostasie du corps d’une façon mécaniste, mais sur le mode d’une machine informatique. C’est au fond le modèle approché par Freud dans sa conception de l’appareil psychique. Celui-ci est en effet défini comme une véritable machine d’écriture, qui traduit les perceptions en signes d’impression (au sens d’imprimerie), qui sont « couchés par écrit » (Niederschrift) sous la forme des traces mnésiques constitutives de l’inconscient. La tension psychique s’élève quand la quantité d’information que reçoit le psychisme augmente. Pour traiter cette information supplémentaire, le principe de plaisir qui règle le fonctionnement de l’appareil psychique mobilise un plus grand nombre de traces mnésiques (de signifiants pour Lacan) afin de lier ces informations (les classer dans la mémoire inconsciente en quelque sorte). Cette liaison permet de réduire tout excès de tension qui serait douloureuse et par conséquent préjudiciable au sujet. Telle est, succinctement, la conception de l’appareil psychique dont Freud fait une véritable métaphore subjective de l’homéostasie du corps propre.

Quelques notions élémentaires de biologie

Pour la biologie, le corps humain est le résultat d’une longue évolution, que Darwin a parfaitement décrite. Freud entend d’ailleurs inscrire son œuvre dans la ligne de cette pensée. Ce corps est constitué d’une mosaïque de tissus communs à de nombreuses espèces animales. Or, si du point de vue de l’individu, il y a maladie, quand cet ensemble fort complexe se désorganise, en revanche au regard de l’évolution des espèces, ce qu’on appelle maladie ne serait jamais que la résurgence quasi normale de telle ou telle manifestation tissulaire archaïque d’une période de l’évolution des espèces animales qui pourraient être ainsi réactivée, par un agent spécifique. Par exemple le si mal nommé rétrovirus, qui n’est pas rétro du tout dans son fonctionnement. Comme l’ont démontré Pierre Sonigo, Jean-Jacques Kupiec et Jacques Leibowitch, le HIV, ne modifierait pas, comme on a bien voulu nous le faire avaler, le programme génétique des cellules du corps, pour activer des cellules tueuses et soumettrent à leur pouvoir des cellules qui se suicideraient par altruisme pour sauver ce qui reste encore de vivant dans le corps. Le HIV, dont le nom même convoque l’homme comme un être déficitaire par nature (la médecine comporte de nombreux termes qui vont dans le même sens, ce qui en dit long sur l’idéologie religieuse qu’elle véhicule en faisant de la maladie une punition divine) agit en se nourrissant des ressources énergétiques du corps, jusqu’à entraîner sa mort. Le HIV en effet est comme un lapin lâché dans un champ de luzerne et qui bouffe tout, de sorte que les moutons paissant finissent par mourir de faim faute de luzerne. Cette découverte, qui va entraîner une crise sans précédent en biologie, implique que le corps est un écosystème, dont la stabilité morphogénétique est liée à des contraintes de la structure d’un réel dont nous ignorons les lois. C’est pourquoi l’évolutionnisme darwinien (qui est une référence freudienne soit dit en passant), ne repose pas sur l’idéologie victorienne de la sélection des plus forts.

En réalité l’évolution des espèces se fait par sélection opportuniste, contingente et de hasard, autant que par la disparition de certaines espèces et leur résurgence parfois, dont on ne connaît pas les causes. Le retentissement sur la médecine d’une telle découverte est déjà sensible notamment dans ces cas de contamination par l’agent de ce que les patients ne pourront désormais plus appeler « la maladie mortelle »

Si on aborde cette affaire par le biais du corps jouissant de la vie, on peut s’apercevoir que la vie n’est peut-être pas ce qu’on imagine. La vie, à l’état pur, serait de l’ordre de la prolifération, de la boursouflure, de la moisissure, de la pourriture et de l’excès. C’est ce qu’illustrent fort bien, entre autre, le psoriasis ou l’eczéma par exemple. Quand il y a trop de vie, les forces de liaison de l’organisme ne peuvent plus l’endiguer. Du coup, son fonctionnement étant désorganisé, des maladies peuvent survenir, causées par des agents extérieurs (virus, bactéries, etc.) ou des facteurs internes (génétiques, immunitaires, etc.) qui peuvent se combiner entre eux. Le corps, mais aussi le sujet peut pâtir d’un excès de vie.

C’est exactement ce qui se passe avec le Sida : le virus HIV serait en quelque sorte une forme de vie à l’état pur, dont on arrive à peine à enrayer le foisonnement. Il semble bien qu’il agit sur le corps non pas comme un prédateur ordinaire, mais comme un « excitateur », rétro, de surcroît. C’est-à-dire qu’il forcerait le corps à jouir toujours plus de la vie en « affolant » son système « homéostatique. Du coup, ce corps jouissant d’un excès de vie brûle de tous ses feux jusqu’à mourir. De ce point de vue, il apparaît bien que la maladie n’est pas déficit de la vie, mais au contraire de l’en-trop. Un corps ne lui suffit pas à cette vie, il lui en faut des milliers et des millions, d’où l’épidémie.

C’est en ce point qu’intervient la subjectivité. Non pas dans sa cause, mais comme contingence dans la propagation de cette maladie, qui est une grande tragédie dans le siècle [9]. En effet le Sida a beau être causé par un rétrovirus, il n’en est pas moins véhiculé par la mise en jeu du désir. Forcément pour les générations à venir il en résultera des conséquences quant à leur structure subjective que l’on n’est pas capable de mesurer. En effet, en raison des précautions qui sont à prendre dans les relations sexuelles, l’Autre de l’amour devient le contaminateur potentiel ; ce qui a de quoi éteindre le désir. Et pourtant, telle une dernière affirmation du sujet qui ne veut pas mourir [10], sa volonté d’être incinéré après la mort n’est-elle pas l’expression du désir indestructible de l’être qui veut tuer la Chose au-delà de la mort du corps ? Il s’agit donc d’interpréter autrement le sens de la pulsion de mort dans l’œuvre de Freud. Non pas comme envie de crever pour que cesse la souffrance, mais comme consentement du sujet à s’abolir au moment de la mort pour s’éterniser dans la mémoire des autres, en tant qu’être du désir qui l’habite. C’est pourquoi Lacan interprète la pulsion de mort comme pulsation de jouissance causant l’insistance du désir dans la répétition de la chaîne signifiante.

Le désir et le corps

C’est parce que le désir est enraciné dans le corps par la structure de langage incorporée, que la reproduction humaine et ses filiations sont ordonnées par les structures élémentaires de la parenté. Autrement dit, le désir, gouverné par les lois du langage, préside non seulement à l’émergence du sujet mais aussi à la venue au monde de son être biologique. Ce qui fait la spécificité de l’espèce parlante, c’est d’être une espèce parasitée par le langage, la parole, dit Lacan, étant même une forme de « cancer » dont l’être parlant est affecté.

On peut donc faire l’hypothèse, vraisemblable, que le désir via le signifiant peut aussi bien produire les lésions corporelles, même s’il est très difficile d’en établir la causalité. Ce n’est pas à la psychanalyse, qui n’en a pas les moyens, de démontrer par quels circuits neurophysiologiques le signifiant peut affecter le corps. Mais c’est un fait indiscutable qu’elle peut observer dans la pratique.

Dans les sociétés modernes, qui se caractérisent, entre autres, par la mise à mal des structures de la parenté, il est probable que des pathologies nouvelles se produisent à une échelle qui, dépassant l’individuelle, devient collective. Il n’est pas exclu d’ailleurs qu’en raison même de la faille épistémo-somatique propre à chaque époque, c’est-à-dire un défaut de savoir sur le corps caractérisant une époque donnée, des maladies spécifiques peuvent en résulter [11]. Ces arguments ne sont pas des raisons pour se précipiter et dire que le biologique et le psychique, c’est la même chose. Tout en mettant en garde contre le risque de glisser dans une philosophie de la nature, Lacan a toujours interrogé l’étrange ressemblance des structures subjectives qu’il articule à partir des objets mœbiens, notamment le fantasme, avec celles de l’embryologie. Cependant les points de jonction entre les formations naturelles et les organisations structurales qui surgissent ainsi ne sont définissables qu’à partir de la combinatoire signifiante.

Récemment des chercheurs américains rendaient compte de la structure de l’ADN en faisant usage du nœud borroméen [12], tout en ne sachant rien de ce que pouvait en faire Lacan pour articuler la combinatoire signifiante.

C’est donc par le biais de l’impact du désir et du langage que Lacan va élaborer sa théorie de la psychosomatique. Rappelons au préalable cette définition extraordinaire qu’il donne de la pulsion : elle serait « l’écho dans le corps de ce qu’il y a du signifiant ». C’est pourquoi les mots nous touchent et peuvent affecter le corps. Et devant la pluie d’informations catastrophiques que l’on déverse sur nos têtes tous les jours, on peut même se demander comment se fait-il que nous ne tombions pas malades plus souvent.

Les preuves par l’expérience

Pour démonter la causalité signifiante de certaines lésions corporelles, Lacan part de l’expérience de Pavlov [13], qu’il va interpréter autrement que son inventeur. Le protocole de cette expérience est le suivant :

Pavlov fait entendre à un animal de laboratoire entravé (un chien en l’occurrence) la sonnerie d’une trompette et lui donne à manger en même temps. Il répète à plusieurs reprises ce scénario, jusqu’au jour où l’animal est suffisamment conditionné. Dès lors on lui fait entendre le bruit de la trompette, sans pour autant lui donner à manger. Or, on constate qu’à chaque fois que l’animal entend la sonnerie, on peut recueillir des sécrétions gastriques dans son estomac. A force, il en fera d’ailleurs un ulcère. Pavlov traduit cette expérience comme la mise en évidence d’un réflexe conditionné. On sait le retentissement considérable qu’a eu dans le monde cette invention [14].

Considérant que Pavlov est à son insu un véritable structuraliste, Lacan propose une autre lecture de cette expérience, et en tire des conclusions nouvelles :

Il avance que l’expérimentateur est animé d’un désir de savoir, qui peut à ce titre figurer le désir de l’Autre. Le signifiant de ce désir (la sonnerie) le représente comme sujet (Pavlov) pour un autre signifiant (la sécrétion gastrique, élevée au rang de signifiant pour l’expérimentateur). Cette sécrétion gastrique est à entendre aussi comme le signe de la fruition (jouissance) du corps du côté de l’animal en tant que son appétit est mis en jeu. Enfin se produit un reste (objet a), soit la lésion qui apporte à l’expérimentateur une satisfaction supplémentaire (plus-de-jouir), parce qu’elle vient lui confirmer le bien-fondé de son hypothèse de départ. C’est la définition du signifiant que l’on vient d’illustrer par cette lecture de l’expérience, elle se formule selon le mathème lacanien du discours de la façon suivante :

(S1), bruit de la trompette. → (S2), sécrétion, fruition.

(S), Pavlov. (a), lésion

Lacan va transposer sa lecture de cette expérience à l’interprétation des lésions psychosomatiques.

C’est le désir de l’Autre qui par induction signifiante va produire une lésion du corps en dérangeant un de ses besoins fondamentaux. Il convient aussi de remarquer que dans l’expérience de Pavlov, il n’est pas indifférent que soit choisi un animal domestique, parce qu’il est sensible à la parole. Or, précisément, ce n’est pas en raison de la réaction réflexe à l’action supposée mécanique du signifiant (la sonnerie) que la lésion se produit, mais bien parce que le chien ne comprend pas ce qu’on lui demande [15]. Toute la subtilité de l’interprétation de Lacan réside en cela. Autrement dit, la causalité signifiante de la lésion serait plutôt à comprendre dans son versant formel (la façon dont on s’adresse à l’animal) que dans son versant matériel (la matérialité sonore du signifiant). Ce qui fait bien apparaître la béance entre la cause (le signifiant) et son effet supposé (la lésion).

En transposant cette lecture à la clinique, on peut avancer que le désir insistant de l’Autre peut induire une lésion corporelle, quand un besoin fondamental du corps est dérangé, alors que le sujet ne peut plus se défendre contre l’injonction de l’Autre. La métaphore subjective est alors en échec. Tel est le schéma fondamental de la conception lacanienne des phénomènes psychosomatiques. On peut l’illustrer d’un exemple courant :

Celui de l’adulte éducateur qui, à trop insister sur la « propreté », peut induire des manifestations lésionnelles sur le corps de l’enfant qui ne peut pas dire non à des impératifs surmoïques auxquels il ne comprend rien. C’est bien différent de ce qui se passe dans le cas d’un symptôme névrotique, qui est un mode de défense du sujet confronté au désir de l’Autre. Telle Dora qui devient aphone en apprenant par la bouche de la maîtresse de son père leur mode de vie sexuelle.

Alors que le symptôme névrotique a un sens, c’est un message qui a valeur de vérité concernant le désir et la jouissance du sujet, la lésion psychosomatique est par contre située en dehors des constructions névrotiques, au-delà de la subjectivité, elle se produit sur un corps conditionné et sans défense (son homéostasie étant débordée), elle n’a pas de sens, même si elle comporte une jouissance spécifique (c’est-à-dire une souffrance). Une fois le mécanisme enclenché, il se répète en poussées périodiques, comme des pulsations de jouissance. La lésion est ainsi profondément enracinée dans l’imaginaire, au sens où c’est l’imaginaire qui donne consistance au réel du corps.

Une pathologie du signifiant

La causalité signifiante de la lésion étant pratiquement démontrée, un problème est à résoudre : en effet si, par définition, le signifiant représente le sujet, comment se fait-il que dans le cas de la psychosomatique, la métaphore subjective, soit la fonction de représentation du signifiant, puisse être mise en défaut, au moins partiellement ? Lacan parle ici de pétrification, c’est-à-dire de gélification localisée de la chaîne signifiante. Le signifiant, du coup, perd son statut de support dans la dialectique du désir, il devient pur signe. C’est ce qu’illustre fort bien l’expérience de Pavlov. Lacan appelle holophrase le signifiant « gelé ». Mais de même que sa définition du signifiant n’est pas celle de la linguistique, pour lui l’holophrase n’a pas la signification que lui donne le dictionnaire. Pour Lacan l’holophrase est l’équivalent d’un borborygme incompréhensible, échangé entre deux personnes qui, dans leur face-à-face, sont suspendues chacune dans l’attente du sens que lui donnera l’autre, sans savoir ce qui se décidera, sans rien savoir de l’acte qui en résultera : lutte à mort ou reconnaissance. Autrement dit, le signifiant holophrasé est un signe qui n’entre pas dans le système du sujet. Ce signe reste pour lui une énigme, qui, d’être en trop, peut engendrer par sa forme impérative une lésion en perturbant de façon durable une fonction vitale du corps.

Les diagnostics différentiels

À partir de toutes ces définitions, pour parler de psychosomatique il faut d’abord qu’il y ait une lésion corporelle observable cliniquement. Même si ce critère peut sembler grossier pour les biologistes, dans une première approche, il permet de faire une différence avec les autres manifestations subjectives.

L’hystérie

Dans l’hystérie, les paralysies sont du registre de la conversion symbolique. Un bras est paralysé, non pas comme organe, mais parce qu’il est dit « bras ». La « lésion » ici ne porte pas sur le réel du corps mais sur le corps symbolique, soit le corps pulsionnel qui est un corps de discours dont le mot est le tenant-lieu.

L’hypochondrie

Dans ce cas, il n’y a pas de lésion, mais le sujet reste fixé à l’idée compulsive d’avoir une maladie. Comme par expérience il est parfaitement au courant de la médecine (aujourd’hui surtout grâce au net), il peut finir par convaincre qu’il est atteint d’une maladie organique. C’est chez lui une certitude subjective quasi-inébranlable.

Le retentissement subjectif des pathologies organiques

Ce retentissement est normal en cas de maladie, mais cela s’entend très bien dans le discours du patient. Alors que la fonction langagière est perturbée dans la psychosomatique, au contraire dans le retentissement subjectif des maladies organiques, le sujet ne perd pas de manière durable ses repères symboliques.

De toute façon, en cas de lésions corporelles il faut toujours s’assurer du discours médical, avant, pendant et après toute entreprise psychothérapeutique [16].

Compléments à la théorie lacanienne des phénomènes

Psychosomatiques

Lacan apportera de nouveaux éléments à sa conception de la psychosomatique à l’occasion d’une conférence sur le symptôme en 1975 [17].

Pour lui, les lésions psychosomatiques sont des traces écrites sur le corps. Elles ne sont pas de l’ordre du signum, mais plutôt de la signatura rearum. « La signature de Dieu » La psychosomatique est ainsi renvoyée à sa dimension d’énigme. Ces traces ressemblent à de véritables hiéroglyphes, que l’on ne sait pas encore lire. Ils se présentent comme un sceau, un cartouche qui livre le nom propre en donnant ainsi au sujet une sorte d’identité corporelle, liée à la jouissance spécifique (souffrance) que comporte la lésion. Dans ces traces, il s’agit d’écrits — que Lacan conçoit comme « pas-à-lire » — traces inscrites mais pré signifiantes. Lacan avoue peut être par là qu’il a échoué dans son entreprise de conceptualisation de la psychosomatique. Son expression, pour la qualifier, que « Le corps se laisse aller à écrire quelque chose qui est de l’ordre du nombre ». serait un mode de chiffrage, qui ne passe pas par la significantisation de la lettre et du désir, mais qui est du côté du nombre, comme un comptage de la jouissance. Ce dont témoigneraient les lésions qui surgissent en poussées successives, comme des pulsations de jouissance qui se distinguent de la répétition signifiante. D’où la valeur pour le sujet des dates qui ponctuent son histoire, comme des avatars de son nom propre. Toutes choses que Jean Guir a fort bien relevées dans son travail de pionnier en matière de psychosomatique [18].

Récapitulation

La lésion psychosomatique serait une lésion corporelle peut être liée à une cause langagière qui désorganise un besoin fondamental du corps. C’est une véritable suggestion forcée, témoignant de ce qu’elle est subie et non pas subjectivée, c’est-à-dire prise dans la dialectique du désir. C’est pourquoi des sujets contraints, notamment dans les milieux carcéraux, en sont souvent atteints.

Ce n’est pas un symptôme, qui est une formation de l’inconscient, comme un chiffrage de sens. Elle résulte plutôt d’un forçage du corps dont l’Autre jouit aux dépens du sujet. Elle consiste en l’émergence de l’Un de jouissance avant le Un du signifiant. Elle se manifeste donc en poussées successives comme un comptage de jouissance qui n’est pas répétition signifiante. La périodicité de ces poussées n’est pas sans rapport avec le comptage du temps réel parce qu’un corps cela vieillit.

Cette conception de la psychosomatique conditionne son approche clinique.

Les thérapeutiques

Les moyens thérapeutiques mis en œuvre dans la psychosomatique sont loin de faire l’unanimité chez les thérapeutes qui les rencontrent dans leur pratique, même quand ils se présentent comme des spécialistes en la matière.

La lésion, évoluant en poussées, peut disparaître sans la moindre intervention, comme elle est survenue, de sorte qu’on pourrait aussi bien ne rien faire.
Il n’est pas rare que l’on puisse en obtenir un certain amendement, par acupuncture, homéopathie, chiromancie, magie, etc. Ces pratiques opérant par des mots ou agissant de façon infraliminaire sur la jouissance corporelle. Ce sont des formes de suggestions plus ou moins avouées ou très sophistiquées (notamment l’acupuncture avec son rituel, qui en Occident en impose, alors qu’elle est pratiquée sur des sujets qui ne sont pas pris dans la symbolique dont elle se réclame). Elles permettent à divers titres une certaine ouverture à l’autre, rompant l’autarcie que représente la lésion comme manifestation d’auto-érotisme. Le sujet peut s’en trouver apaisé. Il s’agit en fin de compte, dans ces pratiques, de déconditionnement du corps, qui mettent, sans le savoir, l’accent sur la causalité matérielle du signifiant. On peut encore évoquer ici dans ce registre la relaxation, la gymnastique et la thalassothérapie.
La médecine est surtout requise par le patient quand la lésion est trop invalidante pour lui. Dans tous les cas, le thérapeute doit s’assurer du discours médical.
Le psychanalyste peut être consulté à son tour, mais le plus souvent après un long parcours magico-médico-psychologiquement décevant pour le sujet. Dans ce cas, la rémission peut être parfois obtenue dès les premiers entretiens. Ce qui peut s’expliquer dans la mesure où le transfert, avant d’être interprété, est aussi une forme de suggestion, qui tout en liant l’analysant au sujet-supposé-savoir, le libère quelque peu de l’emprise tyrannique de l’Autre. Cette rémission ne signifie pas guérison, et souvent, longtemps après ce qui est présenté sur le mode d’un « miracle » de la relation « intersubjective » (ce que n’est pas la psychanalyse), de nouvelles flambées ne sont pas rares. On présente souvent l’affaire soit comme s’il s’agissait d’une intervention magique de la parole et on penche alors sans le savoir pour une causalité efficiente du signifiant, soit, pire encore, en accentuant la causalité finale du signifiant, on se retrouve dans le registre de la religion.
Lacan invite à aborder les choses autrement. Il semblerait que la lésion puisse être subjectivée au cours d’une cure qui n’a pas à être entreprise selon d’autres modalités que celles qui lui sont imposées par les règles freudiennes. Cette subjectivation est à distinguer des rationalisations empruntées d’ailleurs à l’air du temps par le sujet pour expliquer son mal. Il en trouve la thématique dans le livre des fariboles de toute nature que diffuse la sphère « psy ». On peut en donner ici deux exemples époustouflants :

tel thérapeute interprétant à son patient à propos de son hépatite (on ne nous dis pas quel est son type), qu’il a mal au foie parce qu’il a perdu la foi ;
tel autre, au sujet d’un enfant d’origine antillaise, qui avait des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et qui présentait des taches de vitiligo, disait de lui : « Il lit pas parce qu’il pâlit. »
On voit à quelles extrémités peuvent conduire ces effets de jeu de mots gratuit qui n’ont rien à voir avec la théorie lacanienne de l’interprétation. Ces types d’intervention peuvent produire des ravages : la flambée des lésions mais aussi effets de fermeture de l’inconscient, pour un sujet devenu méfiant à force d’interprétations sauvages. Ce qui risque de rendre impossible l’entreprise d’une psychanalyse. Cette attitude peut même conduire à l’issue mortelle d’un mal dont on n’a pas su évaluer la gravité. On veut parler ici plus précisément du cancer. On semble oublier la multiplicité des affections que ce terme recouvre. D’autant plus que, grâce au traitement médical, leur temps d’évolution peut être très long. Ce qui incite certains psychothérapeutes à s’en attribuer tout le mérite, pris ainsi dans le fantasme de toute-puissance du psychisme par démenti du réel de l’organisme [19]. Cette remarque étant faite, ce n’est pas dire qu’un sujet, atteint d’un mal incurable, ne puisse bénéficier d’une cure psychanalytique. Elle lui permettra peut-être, en tant que sujet, d’affronter mieux l’irruption de ce réel qu’est sa maladie.

Le mouvement de subjectivation d’une lésion psychosomatique, dans une cure, s’amorce à partir du moment où, le plus souvent d’ailleurs à son insu, l’analysant parle de sa lésion dans les mêmes termes que de son angoisse, et souvent en alternance avec elle. N’étant pas un symptôme, il ne s’agit ici de manier l’équivoque signifiante en jouant sur sa part de non-sens pour la réduire. Par exemple à telle patiente pouvant dire : « Je fais des touches d’eczéma dès qu’on me touche, je suis dégoûtée de me toucher… », Pas question de lui faire entendre, encore, un autre sens que celui qu’elle a voulu dire. A suivre les indications de Lacan, comme la lésion n’est « pas-à-lire », parce qu’elle est un écrit indéchiffrable, il convient de temporiser et de porter l’intervention ailleurs, afin de pouvoir donner sens à sa jouissance. Comment faire ? Justement laisser dire le sujet, laisser aller de façon raisonnée le libre jeu de son angoisse [20], de sorte que puisse se produire un écart, un flottement, par où le sujet a chance de sortir de ce point de pétrification, de gélification, fixé qu’il est à la jouissance spécifique de sa lésion. Peu à peu, elle va prendre sens pour lui. Il n’est pas sûr que quand une rémission survient, elle soit obtenue par une intervention précise portant sur un signifiant causal, à supposer même qu’on puisse le repérer. On agit plus sur une constellation, voire même plutôt sur une nébuleuse de signifiants, qui vont s’agencer selon l’ordonnance d’une autre chaîne. Pas étonnant donc que cela puisse se passer à l’insu de l’analyste, et de l’analysant, pour n’être aperçu que dans l’après-coup.

En cas de rémission de la lésion, la question se pose toujours de savoir si elle a été obtenue à partir d’une symbolisation réussie dans une relance du procès de la subjectivation, ou bien si, au contraire, elle est seulement le fait d’une prothèse imaginaire, bien venue ou de hasard dans une approximation de bon sens. En l’état actuel de mes connaissances, je ne saurais trancher [21]

Patrick Valas. 1998 – 2005, 2006


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Addenda 2009 :

J’ai enfin retrouvé cette citation de Lacan que je cherchais. On la trouve à la page 45 de l’opuscule Mon enseignement, publié au Seuil en 2005 dans la collection Paradoxes de Lacan, intitulé « Place, origine et fin de mon enseignement » (Conférence à Lyon en 1967 — transcription JAM) :

« …Non pas pour réfuter le fameux parallélisme psycho-physique qui est, comme chacun sait, une foutaise depuis longtemps démontrée, mais pour suggérer que ce n’est pas entre le physique et le psychique que la coupure serait à faire, mais entre le psychique et le logique. »

Cette citation reprend ce qu’il avait dit dans son texte des Écrits : « Pour un congrès sur la sexualité féminine » en 1960, en ces termes :

« La distance ici gardée au réel peut soulever en effet la question de la coupure intéressée, - qui, si elle n’est pas à faire entre le somatique et le psychique solidaires, s’impose entre l’organisme et le sujet, » (pp.726-727).

Pour ceux que cela intéresse, j’avais mis sur le site web Oedipe le texte suivant :

Re : Mais qu’est-ce que la science ?

Envoyé par : Patrick Valas (---.w82-123.abo.wanadoo.fr)

Date : Wed 23 November 2005 18:53:10

Ceci est une paraphrase, voire un plagiat éhonté de Lacan (« extracté » de son texte « Mon enseignement », Éditions du Seuil (oct. 2005), dans la série présentée par Jacques-Alain Miller : Paradoxes de Lacan.

Pour faire notre science, ce n’est pas dans la pulsation de la nature que nous sommes entrés. Nous avons fait jouer des petites lettres et des petits chiffres, et c’est avec ça que nous construisons des machines qui marchent, qui volent, qui se déplacent dans le monde et vont très loin. C’est des choses qui ont leurs organisations propres. Cela n’a absolument plus rien à faire avec ce qu’on a pu rêver sous le registre de la connaissance. Les ordinateurs viennent de là, c’est ça la science. Bien sûr ça ne marche pas tout seul, mais jusqu’à nouvel ordre il n’y a aucun moyen de faire un pont entre les formes les plus évoluées des organes d’un organisme vivant et cette organisation de la science (surtout quand on s’engage dans les impasses du réductionnisme moléculaire pour aborder le vivant).
Pourtant, ce n’est pas tout à fait sans rapport. Là aussi, il y a des lignes, des tubes, des connexions. Mais un cerveau humain, c’est tellement plus riche que tout ce que nous avons pu construire comme machine. Pourquoi ne se poserait-on pas la question de savoir pourquoi ça ne fonctionne pas de la même façon ?
Pourquoi ne faisons-nous pas, nous aussi, en vingt secondes, trois milliards d’opérations, d’additions, de multiplications et autres comme le fait la machine, alors que nous avons beaucoup plus de choses qui se charrient dans notre cerveau ? Le phénomène des débiles calculateurs est bien connu. Eux ils calculent comme des machines.
Cela suggère que tout ce qui est de l’ordre de notre pensée est peut être comme la prise d’un certain nombre des effets de langage, avec lesquels nous pouvons opérer, mais d’une façon beaucoup moins performante que ces machines, alors que nous pourrions espérer avoir un rendement au moins comparable, s’il s’agissait vraiment d’un cerveau qui fonctionne de la même façon.
Le parallélisme psycho-physique est, comme tout le monde le sait, une foutaise depuis bien longtemps démontrée. Ce n’est donc pas entre le physique et le psychique que la coupure serait à faire, mais bien entre le psychique et le logique. Ce n’est pas du coton. Prenons tout cela d’une façon un peu grossière. L’appareil langagier est là quelque part sur le cerveau comme une araignée (à cet égard devant toute phobie il faut chercher le crocodile à la gueule ouverte qui en est la cause). C’est lui qui a la prise. Mais alors d’où vient-il ce foutu langage ? On n’en sait rien, et il ne faut pas s’imaginer que c’est l’homme qui a inventé le langage. On n’en a aucune preuve bien sûr. On n’a jamais vu aucun animal devant nous devenir humain. Homo sapiens, il l’avait déjà le langage. C’est tout ce qu’on peut dire. Le langage il nous vient du dehors, il était déjà là avant notre naissance, et il sera encore là après notre mort. C’est tout. Qu’on ait la dessus élucubré sur Dieu,« l’âme-à- tiers », les anges, les sirènes et tout le reste du tintouin qu’on appelle comme on peut « la culture » c’est tout à fait « occidentelles » et même ailleurs. En tout cas, « ça rêve, ça rit, ça rate », c’est pourquoi il y a l’inconscient et le sujet, pour jouir et désirer.
Cordialement.
Patrick Valas


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[1] S. Freud, « Esquisse d’une théorie scientifique de l’appareil psychique » (1885), dans La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF.

[2] F. Alexander, La médecine psychosomatique, Paris, Payot, 1952

[3] Des chercheurs, en pointe dans ce domaine, avancent que la douleur est liée à un dysfonctionnement dans la connexion des synapses. Si c’est réel, il faut saluer cette découverte nouvelle, déjà avancée par Freud il y a près de cent vingt ans.

[4] G. Groddeck, Le livre du ça, Paris, Gallimard, 1980

[5] F. Dunbar, Le diagnostic psychosomatique, New York, Hoeber, 1944

[6] La construction d’une telle aberration clinique est liée à « l’investigation psychosomatique », comme la désignent ces praticiens qui interrogent le patient en le fixant, en le focalisant sur la supposée causalité psychique de sa lésion. Celui-ci ne peut qu’en rester muet. Avec mes collègues Jean Guir et Alain Merlet, nous avons au contraire démontré, dans un cadre pourtant peu propice au colloque singulier, puisqu’il s’agissait de présentations de cas, que des patients atteints de telles lésions pouvaient se montrer particulièrement prolixes sur la théorie personnelle qu’ils avaient de leur mal.

[7] Ch. Dejours, Le corps entre biologie et médecine, Paris, Payot, 1986

[8] J. Lacan, « Considérations psychosomatiques sur l’hypertension artérielle » en collaboration avec R. Levy et H. Danon-Boileau fut publié dans L’Évolution Psychiatrique, 1953, fascicule III, pp. 397-409.

[9] Faut-il rappeler aussi l’entreprise criminelle, pour des raisons mercantiles, qu’a révélée le scandale du sang contaminé ?

[10] Les luttes menées par les sujets atteints du Sida en témoignent suffisamment, qui ont (et à l’époque moderne, pour la première sous ces formes) participé activement à toutes les entreprises engagées pour combattre la maladie : recherches, thérapeutiques, financements, fondations de liens de solidarité.

[11] On doit cette précision à Jean-David Nasio. Ce texte est l’extension écrite d’une conférence faite à son invitation dans le cadre des Séminaires psychanalytiques de Paris, à la séance du 24 avril 1996.

[12] On doit à Jacques Leibowitch de pouvoir disposer de leurs travaux publiés dans la revue Science, vol. 257, 21 août 1992. Michel Thomé consulté sur ce point nous confirme qu’ils font un usage analogique du nœud borroméen, et non pas structural comme le fait Lacan, mais ce voisinage est quand même intéressant.

[13] J. Lacan, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Le Seuil, 1973, p. 214. « La logique du fantasme », leçon du 15 novembre 1967. Séminaire inédit.

[14] C’est exactement la méthode utilisée, avec quelques variations, pour entraîner les commandos d’élites dans l’armée, par une sorte de désubjectivation surmoïque. Est-ce un hasard si on appelle les combattants, conditionnés ainsi, des chiens de guerre ?

[15] Bien entendu, il est exclu que l’animal puisse devenir un sujet, c’est-à-dire un être capable de se dérober au leurre de l’expérience en le démasquant.

[16] On peut citer le cas heureux d’un psychanalyste ayant entrepris une cure psychanalytique avec un patient venu le consulter pour un glaucome. Il en faisait une élaboration théorique très pertinente. Dans le groupe de travail, nous lui avons conseillé de demander à son patient d’aller consulter les médecins, qui ont confirmé l’éventualité d’une causalité psychique de son mal, pour autant qu’il s’agissait d’un glaucome à angle ouvert, mais qu’il fallait régulièrement surveiller sur le plan médical.

[17] J. Lacan, « Le symptôme », Conférence à Genève, 1975, dans Le bloc-notes de la psychanalyse, nº 5, Genève, ATARS, 1975

[18] J. Guir, Psychosomatique et cancer, Point hors-ligne, Paris, 1984. Depuis plus de trente ans des imbéciles se moquent de cet auteur sans comprendre qu’il fait usage du langage dans sa dimension de lettre, du nombre et du chiffre pour aborder le réel. Le réel de la maladie organique pour tenter de dénouer l’énigme de ses manifestations lésionnelles. Bien peu de praticiens sont capables de manier ces concepts avec autant de pertinence, de détermination et de courage.

[19] En 1996, le Dr Jacques Leibowitch nous apprend que la recherche médicale laisse quelques espoirs dans le traitement du cancer. On expérimente actuellement sur des animaux des médicaments angiostatiques qui n’agissent pas directement sur le cancer, mais sur le tissu endothélial en l’empêchant de constituer des néo-vaisseaux sanguins qui vont nourrir les cellules de la tumeur cancéreuse. Ces méthodes ne sont pas encore passées au stade des essais thérapeutiques chez l’homme. Cette information est aujourd’hui passée dans la grande presse.

[20] Une remarque s’impose ici : laisser l’angoisse à son jeu veut dire aussi pas trop d’angoisse, ce qui implique de ne pas se priver de l’appui d’une intervention médicale, quand elle est nécessaire. La parole n’étant en aucun cas toute-puissante.

[21] 4 avril 1996, 31 novembre 1997, 27 avril 1998, 10 octobre 2003. 20005. mars 2006



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