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 Médiator : un conte pour Noël ?

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sidaventure
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24012011
MessageMédiator : un conte pour Noël ?

Médiator : un conte pour Noël ?

L’affaire Médiator, on l’a dit et documenté, défie le sens commun. Et par le nombre de victimes (extrêmement faible toutes choses égales par ailleurs), et par l’inexplicable tardivité de cette micro-révélation relativement à l’immense scandale des anorexigènes impunément commercialisés par Servier depuis 1963, et par l’invraisemblance des circonstances ayant conduit à sa révélation, et par le caractère éminemment suspect de l’unanimité dans la dénonciation qui devrait soulever d’autant plus de résistances qu’elle vise une corruption censément généralisée - "palpable" dit le Petit Poucet (TF1 News, 30/12/10) : quant on "palpe" où ça fait mal, on s’attire généralement des gueulements, et pas des louanges généralisées - notamment des instances qui mériteraient le plus d’être palpées...

A l’évidence, il y a de la magie dans tout cela.

Eu égard à l’intérêt assumé du présent site pour les contes de fées, il peut être utile de relire l’actualité à la lumière des analyses désormais bien classiques de V. Propp [1].

Le héros, c’est le Petit Poucet : caractère superbement trempé, comme attendu d’un pneumologue exerçant dans une ville où quand il y a de la brume, c’est qu’il va pleuvoir, alors que quand il n’y en a pas, c’est qu’il pleut... Comme souvent dans la littérature merveilleuse, la tradition est parasitée par une autre source - La Belle au Bois dormant en l’occurrence - puisque se réveillant d’un sommeil de cent ans, le Petit Poucet prétend vouloir éviter un deuxième scandale [2]. Les enfants rient beaucoup à cette version car, bien moins naïfs que ne l’imaginent les adultes, ils savent très bien qu’il y a plus que "deux" ou "trois" scandales au Royaume de la Pharmacie, et que quand un canard comme Le Figaro vous tresse plusieurs couronnes de lauriers par jour, c’est qu’il y a un blèmepro - comme ils disent...

Le méchant, c’est le fabricant du médicament. Comme tous les êtres malfaisants, il a les yeux rouges - et l’haleine fétide : même les crapauds craignent sa bave !... Tous les ans, à la même saison, il charme de jeunes vierges en leur faisant croire qu’elles seront bien plus séduisantes si elles perdent quelques grammes avant de paraître en bikini. Il les abandonne exsangues et moribondes sur les plages de sable, hélas hors d’atteinte du Parquet - lequel (comme la DDE, cette fois avec la neige) n’est évidemment pas équipé pour intervenir en pareil terrain.

Le chevalier, c’est le super-épidémiologiste qui a tout découvert avant tout le monde sans rien dire à personne. Malgré sa vaillance, il a été transformé en statue de pierre par le méchant (il l’a d’ailleurs échappé belle, parce que pour le même prix, il aurait pu se retrouver sous forme d’un "petit cercueil"). Bref et pour dire, sa délivrance dépend du héros. Petit Poucet doit venir, lui donner un grand coup de pied et, lui, doit alors débiter une formule magique : "Ouille mon cul ! Hue mes c*** ! A dada sur mon bidet ! Prout ! Prout ! Prout !" Le comique de la situation tient d’une part à la disproportion entre le petit pied de Poucet et le derrière du chevalier, d’autre part aux connotations sexuelles et scatologiques d’une formule magique en forme de comptine, bien classiques dans la littérature merveilleuse - et qui font beaucoup rire les enfants.

Le roi, c’est le ministre de la santé. Dans la logique narrative du conte, il n’a pas besoin d’être intelligent : c’est juste une instance de décision [3]. Ainsi, il peut prendre d’abord des décisions favorables au méchant, puis se déclarer en faveur du héros, tout en regrettant le sort injuste réservé au chevalier. Bonjour pour le suspense...

Les donateurs, ce sont tous les faux-culs de l’administration sanitaire qui, après avoir soutenu le méchant durant des décennies, se découvrent une soudaine passion pour la mission de Poucet. Ce sont eux, par exemple, qui vont lui conseiller les caramels mous pour rendre moins mal aimable la responsable de la pharmacovigilance à l’AFSSAPS [4]. Les enfants sont généralement horrifiés par tant de duplicité.

La récompense, c’est l’aura médiatique, d’autant plus convaincante qu’elle émane d’intervenants - parlementaires, experts, administratifs, journalistes - dont les liens d’intérêts sont particulièrement "palpables" [5]. Elle permet à Poucet enfin reconnu de pérorer sur n’importe quoi, sans être jamais contredit : les enfants adorent ça, car ils ont tous, au fond d’eux-mêmes, le goût des fatrasies.

Le narrateur, c’est un député socialiste de la région toulousaine [6] : avec sa faconde méridionale, il s’y entend à mettre les enfants dans sa poche - lesquels l’adorent de toute façon.

[1] V. Propp. Morphologie du conte. Paris, Seuil, 1970.

[2] Sur ce point, les sources varient un peu, Poucet déclarant, selon d’autres versions, vouloir éviter "un troisième" scandale (France-Soir, 22/12/10), accréditant de la sorte l’existence d’un précédent avec l’Isoméride pourtant présenté dans son livre (p. 28) comme la démonstration de l’exception française par contraste avec la jobardise des Américains. Historiquement, il convient de rappeler que c’est depuis ce jour où notre Agence a ridiculisé les autorités américaines dans la gestion du scandale fenfluramines que l’on trouve des coqs sur tous les clochers de France.

[3] Qui dispense le narrateur de la moindre justification concernant les décisions en question : nous reviendrons sur ce point à la fin.

[4] Les versions varient là encore sur ce point : selon certaines, c’est une pinte de bière à la cerise qui lui aurait ouvert les portes de l’AFSSAPS.

[5] Elle peut aussi émaner de "grands reporters" avouant sans fard ne rien connaître au monde de la santé, mais forcés de gagner leur croûte depuis que leur rédaction a jugé plus rentable de couvrir l’actualité en Irak ou en Afghanistan par des couper-coller en corrigeant juste au jour le jour le nombre de victimes - à trois poils près, il faut le dire.

[6] Certains critiques parlent de "metteur en scène". C’est idiot : dans la littérature merveilleuse, on a des narrateurs, pas des metteurs en scène...



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Médiator : un conte pour Noël ? :: Commentaires

MEDIATOR : à qui profite le scandale ?
Mais à quoi sert l’AFFSAPS ?

L’hystérie médiatique qui entoure actuellement l’affaire Mediator ne laisse pas d’étonner.

Certes, il faut se réjouir à chaque fois qu’un médicament toxique et d’efficacité problématique se trouve retiré du marché. Mais que représente cette histoire minuscule par rapport aux problèmes iatrogènes et économiques sans commune mesure posés par d’innombrables médicaments qui, non seulement restent sur le marché, mais sont parfois largement promus par les autorités sanitaires, l’assurance maladie - parfois même avec la participation enthousiaste de l’intouchable Revue Prescrire ?

Que représente cette affaire telle que désormais racontée dans un livre désespérant de mièvreries et de platitudes, qui décontextualise l’essentiel dans un océan d’anecdotes dépourvues du moindre intérêt (sur les goûts de l’auteur en matière de boissons, l’apparence physique de ses confrères ou ses soucis domestiques au quotidien) et d’idées reçues (sur la Revue Prescrire, comme par hasard), quand l’auteur ne franchit pas allègrement les bornes de la falsification : il en va ainsi lorsqu’elle ignore les responsabilités pourtant documentables des divers acteurs qu’elle s’honore d’avoir rencontrés, ou lorsqu’elle reprend à son compte une version strictement fantaisiste de l’affaire Isoméride qui donne aux autorités françaises le beau rôle par contraste avec les autorités américaines [1].

Or, que se passe-t-il en France pendant que, sur son petit nuage d’inconscience nombriliste, l’auteur de cet ouvrage dépourvu du moindre intérêt nous explique que Xavier Bertrand est un "homme honnête" sans se demander qui va payer les mesures de surveillance recommandées par icelui, ni faire le moindre effort de mémoire pour se rappeler quelles étaient ses fonctions entre 2004 et 2007 ?

Que se passe-t-il en France ? Juste un exemple - parmi des dizaines d’autres envisageables.

Une épidémie foudroyante
La sclérose en plaques (SEP) est l’une des rares pathologies pour lesquelles, en France, on dispose depuis longtemps de données épidémiologiques assez précises. Avec une prévalence naguère estimée selon les études entre 25 [2] et 40 [3] [4] pour 100 000, on peut considérer qu’au tout début de la décennie 1990, le nombre total de SEP en France ne dépassait pas 25 000. Ces données épidémiologiques se recoupent avec l’expérience de nombreux professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmières) qui conviennent qu’à cette époque, ils n’avaient jamais vu de sclérosé en plaques.

Or, dix ans plus tard, les mêmes sources [5] font état d’une prévalence (« environ 100 pour 100 000 ») plus que doublée. Commandité par la DGS en 2006, le Livre Blanc de la SEP propose une fourchette entre 63 608 et 84 623. Depuis lors, toutes les sources disponibles (revues médicales, associations de patients...) font état d’estimations aux alentours de 80 000, et qui vont même parfois jusqu’à 90 000. Ces données épidémiologiques sont cohérentes avec les données affections de longue durée (ALD) de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) lesquelles se limitent au SEP « sévères » et qui montrent une nette augmentation ; elles se recoupent également avec l’expérience commune, la plupart des gens (même en dehors des professions de santé) connaissant aujourd’hui des sclérosés en plaques dans leur entourage.

Or, selon L. Abenhaim, directeur de la DGS au moment du Livre blanc, « la littérature internationale ne suggèr[e] aucune variation temporelle majeure de la fréquence de la SEP » [6]. Pour foudroyante qu’elle soit ainsi, l’augmentation observée en France est donc surprenante – et il est d’usage, en épidémiologie, de rechercher l’irruption d’un facteur exogène dans une situation aussi inopinée (surtout d’une telle gravité sanitaire).

Une épidémie inexpliquée
Restées d’abord silencieuses sur cette augmentation, les autorités sanitaires françaises ont usé de deux arguments à partir de février 2002 :

■l’augmentation des chiffres de la CNAM viendrait de la mise à disposition de médicaments chers comme l’interféron, qui aurait contraint les patients à solliciter plus souvent leur prise en charge en ALD ;
■l’augmentation globale serait un artefact de détection dû à l’amélioration des moyens diagnostics.
Ces tentatives d’explication ne résistent pas à l’examen.

Les données de la CNAM

■Les données annuelles de la CNAM permettent de dater le décrochage des prises en charge ALD à partir de 1994 (concernant forcément des SEP déclenchées avant) alors que les interférons ne seront pas disponibles avant la fin 1996.
■Il est facile de reconstituer que, comme attendu, les SEP étaient quasi systématiquement prises en charge au titre de l’ALD jusqu’au début des années 1990 ; or, dans une étude datée de 2003 , la CNAM estime à environ un tiers des patients atteints de SEP ceux qui ne bénéficient pas d’une prise en charge ALD [7]. Par conséquent et toutes choses égales par ailleurs, la proportion des patients pris en charge pour une SEP sévère au titre de l’ALD a diminué et non pas augmenté depuis la mise sur le marché des interférons : si la prévalence de base était restée inchangée, on aurait donc dû observer une réduction des prises en charge ALD, et pas une augmentation.
L’amélioration du diagnostic

■On ne sache pas que, depuis le début des années 1990, les moyens de diagnostic se soient significativement améliorés pour la SEP : de notoriété publique, l’IRM est devenue l’examen de référence pour les neurologues [8]. Or, dans la mesure où cet examen n’est jamais prescrit en dépistage de masse, mais simplement sur un tableau clinique déjà suspect (qu’il peut confirmer ou infirmer), il va de soi que toutes choses égales par ailleurs, là encore, la généralisation de cet examen (ou de tout autre examen comme les potentiels évoqués) aurait dû se solder par une diminution du nombre de diagnostics portés, et non par une augmentation. C’est d’ailleurs ce que l’on observe à l’examen des dossiers cliniques : les neurologues sont bien plus réticents, aujourd’hui, à poser un diagnostic de SEP que lors des années 1980.
■Dès lors qu’on s’abstient de les interroger sur l’épineuse question de l’étiologie, les spécialistes de la maladie ne contestent pas la réalité d’une augmentation de fréquence : « la sclérose en plaques est en augmentation, surtout chez les femmes et on ne sait pas pourquoi », confiait récemment à Ouest-France (25/05/10) Th. Moreau, professeur de neurologie au CHU de Dijon et vice-président de l’Association de recherches contre la sclérose en plaques.
Deux poids, deux mesures
Il est donc extrêmement difficile de comprendre la disproportion entre l’énergie déployée par les médias, les autorités ou les politiques relativement au petit millier de victimes hypothétiquement attribuées à Mediator et leur placidité devant ces quelque 60 000 sclérosés en plaques supplémentaires, brutalement apparus dans le paysage français [9] alors que :

■oubliée sa frénésie à entreprendre des "études" pour lesquelles elle n’a ni la compétence, ni les moyens, la CNAM s’applique cette fois à contester la signification de ses propres statistiques sous les vaseux prétextes dont la fausseté vient d’être démontrée ;
■les autorités sanitaires ne craignent pas de recourir à la tromperie pour renforcer l’exposition des gens aux agents médicamenteux les plus clairement suspects dans cette épidémie de SEP (jusqu’à preuve du contraire...) ;
■même dûment alertés, certains depuis fort longtemps, les politiques se gardent bien d’intervenir et d’"exiger" des autorités sanitaires la transmission de quelque document que ce soit.
Un exemple parmi bien d’autres, disais-je plus haut. Quels autres ? Eh bien outre les médicaments d’ores et déjà retirés mais dont on attend toujours un bilan iatrogène tant soit peu précis (Isoméride, Acomplia, Avandia, etc.) - pour ne point parler d’une sanction judiciaire (hormone de croissance, où les principaux responsables du scandale - notamment les représentants de l’administration sanitaire - ont été relaxés au terme d’une instruction aussi interminable qu’indigente), il suffit de se baisser pour trouver des médicaments qui contribuent très significativement à la fortune des fabricants et à la ruine de notre assurance maladie, alors qu’ils devraient appeler pour le moins une réévaluation indépendante et rigoureuse de leurs bénéfices, de leurs risques et de leur coût (pour ne point parler d’un minimum de conscientisation chez les politiques). Citons en vrac et sans esprit d’exhaustivité :

■les fluoroquinolones, que les dernières Recommandations de bonnes pratiques diffusées par l’AFSSAPS en 2008 ne craignent pas de recommander dans le traitement des cystites non compliquées, malgré la toxicité inhabituelle de cette classe qui a déjà vu pas moins de quatre agents retirés du marché mondial ;
■les statines ;
■Plavix comparé à l’aspirine à dose minime ;
■les héparines de bas poids moléculaire ;
■Tamiflu ;
■les antidépresseurs inhibiteurs de la sérotonine (Prozac, Deroxat, Zoloft, etc.), dont certains bons auteurs se demandent toujours s’ils sont tellement plus efficaces qu’un placebo ;
■la fameuse hormone franco-française qui, à en croire les experts... du fabricant (lesquels s’obstinent à dissimuler leurs liens), garantit aux femmes ménopausées qu’elles ne succomberont pas aux innombrables complications qui ont été mises en évidence aux USA, seul pays où les autorités sanitaires ont eu à coeur de mener des études sérieuses ;
■les traitements de l’enfant dit "hyperactif" ;
■les génériques, n’en déplaise à La Revue Prescrire et aux mutuelles ;
■le traitement du "syndrome des jambes sans repos" qui s’est substitué aux vieux veinotoniques, mais à un coût financier et iatrogène sans commune mesure (n’en déplaise, là encore, à l’excellente Revue Prescrire et aux mutuelles qui ont applaudi comme des imbéciles au déremboursement des seconds) ;
■les "traitements" de la maladie d’Alzheimer (défense de rire) ;
■etc.
J’ai dû en passer, et des meilleures - et je n’ai encore rien dit sur la scandaleuse surmédicalisation des sujets âgés...

A qui ça profite ?
Ainsi documenté que l’affaire Mediator qui n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de scandales, à qui profite l’exagération médiatique qui a justifié le présent article ?

■Les autorités ont-elles décidé que, eu égard à l’âge du fondateur, "le système Servier" avait vécu et qu’il convenait de l’affaiblir suffisamment pour faciliter la transmission prochaine du numéro deux de l’industrie pharmaceutique française ?
■S’agit-il de détourner l’attention relativement à d’autres problèmes bien plus actuels de sécurité médicamenteuse, tels que, par exemple, les risques des vaccins contre la grippe ?
■Plus profondément, ne s’agit-il pas d’organiser le bruit de fond permettant aux députés européens de voter, dans l’indifférence générale, la nouvelle directive de pharmacovigilance - réglementation scélérate, dont pas un seul n’a mesuré la portée, et qui vise à généraliser le précédent du vaccin contre la grippe porcine en accélérant au-delà du tolérable l’autorisation des médicaments sous la fallacieuse promesse d’une pharmacovigilance dont on voit bien qu’elle est strictement inopérante (qu’il s’agisse de Mediator ou de n’importe quoi d’autre) ?
PS du 22/11/10

L’émission C dans l’air du 19/11/10 ouvre quelques pistes additionnelles relativement à ma question initiale "à qui ça profite ?".

■On a pu voir en direct une représentante de l’AFSSAPS vanter la proactivité de son administration, sur une motivation certes indigente, mais parfaitement susceptible d’être reprise en boucle : l’auteur du livre sur Mediator ne craignant pas de reprendre à son compte, plus de 10 ans après des faits parfaitement documentables, les falsifications rétrospectives de l’administration sanitaire relativement à l’affaire Isoméride, on ne voit pas pourquoi le même jeu ne pourrait pas se reproduire identiquement à propos de Mediator.
■Les estimations tirées des pseudo "études" de l’AFSSAPS (ou de la CNAM) sont tellement indigentes qu’elles ouvrent un boulevard au fabricant pour dénoncer la légèreté des autorités sanitaires, comme illustré par l’intervention de Jacques Servier dans Le Monde du 20/11/10.
Dans un prochain article, nous reviendrons sur la vraie histoire Isoméride : nous prendrons la mesure et de la duplicité des autorités sanitaires, et de la légèreté de ceux ou celles qui prennent aujourd’hui pour argent comptant les falsifications desdites autorités...

[1] Rappelons à toutes fins utiles qu’il a fallu moins de 18 mois aux secondes pour retirer du marché des produits qui, chez nous, ont contribué à la fortune de son fabricant durant plus de 35 ans et que les premières ont encore eu besoin de 3 jours après la décision radicale des secondes pour prendre du bout des lèvres une mesure temporaire (1 an) de simple suspension... Rappelons également qu’il n’a pas fallu plus longtemps aux autorités américaines pour identifier ces atteintes valvulaires strictement ignorées chez nous jusqu’alors, et dont on ne parvient toujours pas à comprendre comment elles ne ressortent pas de l’étude que l’auteur se targue d’avoir mise en place, laquelle retombe toujours sur Mediator et jamais sur Isoméride...

[2] Gallou, M., et al., [Epidemiology of multiple sclerosis in Brittany]. Presse Med, 1983. 12(16) : p. 995-9.

[3] Berr, C., et al., Risk factors in multiple sclerosis : a population-based case-control study in Hautes-Pyrenees, France. Acta Neurol Scand, 1989. 80(1) : p. 46-50.

[4] Delasnerie-Laupretre, N. and A. Alperovitch, Epidémiologie de la sclérose en plaques. Revue du Praticien, 1991. 41 : p. 1884-1887.

[5] Confavreux, C. and L. Ginoux, Scléroses en plaques. Revue du Praticien, 2002. 52 : p. 529-37.

[6] Elaboration de la loi d’orientation de santé publique : rapport du Groupe Technique National de Définition des Objectifs. Paris, Ministère de la santé, 2003

[7] Weill A et coll. Pratiques et organisation des soins 2006 ; 37 : 173-188.

[8] « Il suffit d’un examen IRM pour poser le diagnostic de manière sûre » (C. Lubetzki, Libération.fr, 26/05/2010)

[9] Dont un bon nombre d’enfants alors que, jusqu’alors, la maladie ne se développait qu’exceptionnellement à cet âge


Pondéral, Isoméride, Médiator : grand scandale deviendra petit

A qui profite la falsification ?
Que fait donc l'AFFSAPAS ?


RESUME - Probablement maximaliste, l’estimation officielle récente de 460 décès dus à Médiator correspond à un total moyen de 20 cas fatals par an pour un médicament disponible sur le marché français de 1976 à 2009. C’est très peu, et il est hautement probable qu’un médicament aussi courant que l’aspirine fasse bien pire chaque année – pour ne point parler du supervaccin contre la grippe porcine (ou de nos amies les statines – parmi bien d’autres). Dès lors, une question vient immédiatement à l’esprit : pourquoi cette tempête dans un verre d’eau (toutes choses égales par ailleurs), à qui peut profiter l’exagération et la médiatisation de ce microscandale ?

Il s’avère que chimiquement – et commercialement – Médiator est très proche de deux coupe-faim du même fabricant (Groupe Servier), Pondéral et Isoméride, et qui – eux – ont été administrés à des dizaines de millions de patients : en suivant le même type d’estimation « à la louche », on pourrait cette fois évaluer à plusieurs millions de par le monde le nombre de patients affectés par des troubles cardio-vasculaires… Il s’avère cependant qu’il a fallu des dizaines d’années pour qu’on commence, en France, à admettre la réalité de complications aussi graves et fréquentes, alors qu’elles avaient été répétitivement décrites dans la littérature internationale bien avant. Il s’avère enfin que lorsque ces complications de Pondéral et d’Isoméride ont été connues, l’administration française – à l’ébahissement du monde pharmaceutique – a pris des mesures tendant à privilégier ces médicaments au détriment d’autres coupe-faim qui, pourtant, étaient exempts d’une toxicité aussi terrible.

Personne n’avait encore eu l’idée de reprendre l’histoire depuis le tout début (c.-à-d. depuis 1963) : on se rend compte qu’elle n’est pas du tout comme nous le racontent aujourd’hui les médias, et on comprend que bon nombre des résistants de la dernière heure à Médiator ont tout intérêt à dissimuler leur passé de longue collaboration avec Pondéral ou Isoméride. C’est un peu long et intriqué, mais ça se lit comme un roman…

Et si l’on se demande, à la fin, ce qui a pu se passer pour qu’un laboratoire justifiant une telle corruption de l’administration sanitaire française et de ses meilleurs-experts devienne, 15 ans après, l’objet d’une telle unanimité dans l’opprobre, on se dit qu’il est probablement temps de penser à la succession du deuxième groupe pharmaceutique français alors que son fondateur atteint l’âge respectable de 88 ans : et que si en affaiblissant ce groupe par une histoire invraisemblablement médiatisée, on parvient à en faciliter la transmission à devinez-qui tout en se refaisant une virginité, c’est vraiment qu’il y a un Bon Dieu.

Et l’on est obligé de conclure qu’on a vraiment de la chance de vivre dans un pays où les experts sont crédibles, où les journalistes vérifient leurs sources et où les politiques s’occupent de l’essentiel.

Introduction
Dans l’affaire Médiator, le contraste entre l’agitation politico-médiatique et la bénignité des faits ne laisse pas d’étonner. Certes, n’importe quel désordre iatrogène évitable est regrettable en soi, mais quitte à s’indigner, il y a nettement plus massif, plus pressant et, surtout, plus menaçant pour l’avenir - comme cette directive scélérate de pharmacovigilance qui vient de passer à Bruxelles dans un silence journalistique assourdissant, grâce à la placidité sidérante des Parlementaires pourtant échaudés par le précédent récent de la vaccination contre la grippe porcine.

Avec une estimation - probablement maximaliste - de 460 décès pour un produit disponible depuis 1976, cela fait moins de 20 par an, et je mets les autorités sanitaires au défi de trouver beaucoup de produits mieux tolérés, à commencer par ceux présentés comme sûrs dans des indications préventives (les statines, par exemple)... Si l’on se tourne vers les USA pour avoir quelques données épidémiologiques relativement fiables (mille pardons à la super base de données de la CNAM), rappelons que l’on estime là-bas à 1,5 millions le nombre annuel d’hospitalisations dues à un médicament [1], ce qui, rapporté à notre échelle, correspondrait à environ 300 000 hospitalisations par an : à quoi il convient de comparer les 100 hospitalisations annuelles imputables à Médiator selon la CNAM...

Pour n’être point suspect de prendre à la légère les malheureuses victimes de Médiator (il y a tellement d’esprits mal tournés...), posons le problème à l’inverse : s’il importe de crier comme c’est la mode relativement à un produit qui a dû compter pour le quinze millième de nos hospitalisations iatrogènes, que faut-il faire pour le reste ? Descendre dans la rue et tout casser ? Faire un autodafé de parlementaires ? Pendre le dernier journaliste avec les tripes du dernier expert ?...

Plus grave, à mes yeux : ceux qui s’indignent le plus bruyamment ne cessent de propager - avec un inquiétant succès - informations fausses et contre-vérités parfaitement documentables, dont la pièce jointe propose un recensement non exhaustif. Dans quel but ? Avec quels risques pour les citoyens ?

Mensonges et contre-vérités
Compte tenu des limitations propres au traitement de texte du logiciel SPIP utilisé par le présent site, nous avons fait le choix de donner en PJ (au format PDF) l’historique des faits reconstituables sur la base de documents d’accès public : il est extrêmement éloigné de ce qui se proclame ou s’écrit un peu partout à propos de Médiator et le lecteur est donc prié d’en prendre connaissance avant de poursuivre la lecture du présent article.

Pour l’essentiel, ces mensonges et contre-vérités sont les suivants :

1.les effets cardio-pulmonaires des fenfluramines relèveraient d’une toxicité de classe désormais bien connue qui toucherait les anorexigènes amphétaminiques ;
2.grâce à l’étude IPPHS dirigée par L. Abenhaim, ces effets toxiques auraient été reconnus "sans ambiguïté" ;
3.cette étude aurait permis aux autorités françaises de prendre "immédiatement" les mesures de santé publique qui s’imposaient ;
4.l’impeccable réactivité des autorités françaises s’opposerait à l’incurie des Américains qui auraient autorisé la dexfenfluramine malgré les résultats défavorables de l’étude IPPHS ;
5.la base de données de la CNAM d’où sont sorties les récentes "études" ayant permis de confirmer et de quantifier la toxicité de Médiator correspondrait à une innovation remarquable qui bouleverserait les méthodes de travail habituelles en pharmaco-épidémiologie ;
6.la courageuse obstination d’un pneumologue brestois à permis de contrer les intérêts de Servier et de faire retirer Médiator du marché français.
Rions un peu - preuves en main (tout en précisant au lecteur qu’il a la permission de pleurer).

Fenfluramines-amphétamines, même combat ?
Il n’est pas besoin d’entrer dans un débat érudit de pharmacologie pour vérifier que d’emblée, les autorités françaises (qui contrôlent tant le libellé du Vidal que la promotion du fabricant) ont permis de positionner les fenfluramines comme fondamentalement distinctes des amphétamines et que c’est même cette distinction qui a fait de Servier le leader du marché des coupe-faim, eu égard aux réticences connues des praticiens relativement aux vices réels ou supposés de la classe des amphétamines. Les mentions du Vidal ne laissent aucun doute et, même après la diffusion de l’étude IPPHS, c’est bien cette prétendue supériorité des fenfluramines sur les amphétamines (réputées exposer à un "risque de dépendance") qui va permettre aux autorités françaises, à partir du 30/10/95, de prendre des mesures privilégiant les premières par rapport aux secondes.

Cette position officielle constante visant à distinguer "radicalement" (sic) les fenfluramines des amphétamines fournira d’ailleurs un premier élément pour caractériser la mauvaise foi des autorités sanitaires françaises lorsque celles-ci accréditeront que le problème des hypertensions pulmonaires correspondrait à une toxicité de classe thérapeutique : il fallait donc comprendre que, innovations chimiques majeures dès qu’il s’agissait d’en promotionner les bénéfices spécifiques, les fenfluramines redevenaient de bêtes anorexigènes comme les autres quand il s’agissait de leur toxicité. Il ne semble pas que ce paradoxe logique pourtant voyant ait le moins du monde troublé les inamovibles "pharmacologues" de la Commission nationale de pharmacovigilance ou les pivots de La Revue Prescrire (ce sont parfois les mêmes [2]...) qui aimeraient faire accroire aujourd’hui qu’ils ont toujours été aux avant-postes de la résistance aux intérêts de Servier...

IPPHS : des conclusions "sans ambiguïté" ?
Alors que les observations de Béclère, publiées en 1993, désignaient sans la moindre ambiguïté les deux fenfluramines de Servier (Pondéral et Isoméride) comme responsables d’une toxicité tout à fait inhabituelle dans la classe des anorexigènes, la première publication cosignée par Abenhaim (1994) vise clairement à contester l’assertivité de Brenot et coll. et à semer "l’ambiguïté" justement : on fait donc mine d’oublier que ceux-ci n’avaient pas incriminé les anorexigènes en général, mais les fenfluramines en particulier, et on affirme que l’urgence est désormais d’examiner toutes les causes possibles d’HTPA "et pas seulement les fenfluramines" [3] Sauf erreur de lecture, cette publication princeps d’Abenhaim et coll. reste muette sur le fait que le financement de l’étude annoncée est assuré par le fabricant des produits suspectés.

Datée du 07/03/95, la première version de l’étude IPPHS (moyennant une présentation fallacieuse des chiffres qui scandalisera les observateurs - incluant l’auteur de ces lignes) inverse complètement les conclusions initiales de Brenot et coll. et introduit que, dans la classe des anorexigènes en général, les fenfluramines n’auraient aucune spécificité de toxicité cardio-pulmonaire. C’est bien cette toxicité cardio-pulmonaire subitement imputée aux autres anorexigènes (malgré l’absence de preuves épidémiologiques) qui va justifier ensuite toutes les mesures de restriction prises par les autorités françaises et, sous leur impulsion, par les autorités européennes, au grand dam des autres fabricants qui ne cesseront de dénoncer une manipulation assez grossière pour justifier l’expression d’une indignation très inhabituelle dans la presse pharmaceutique internationale.

Quel était l’intérêt le plus manifeste d’une telle manipulation ? On l’a dit, le groupe français Servier était en train de soumettre aux autorités américaines un dossier d’enregistrement pour la dexfenfluramine, avec la promesse d’un chiffre d’affaire fabuleux. S’en remettre à l’évidence épidémiologique (tardivement, sinon univoquement reconnue par Abenhaim) que la toxicité cardio-pulmonaire terrible observée à Béclère était imputable aux fenfluramines - et à elles seulement -, c’était évidemment tuer dans l’oeuf les intérêts de Servier outre-Atlantique : déjà réticentes, les autorités américaines n’allaient quand même pas autoriser dans leur pays un médicament au moment même où celui-ci aurait été retiré dans son pays d’origine ! La situation changeait du tout ou tout si l’on parvenait à accréditer qu’au regard de la tolérance cardio-pulmonaire, l’Isoméride n’était pas pire que les autres anorexigènes : obsédées par le problème de santé publique que représente l’obésité dans leur pays [4], les autorités américaines pouvaient ne pas renoncer à un anorexigène présenté comme innovant si elles se convainquaient qu’il n’était pas plus mal toléré que ses compétiteurs (on avait basculé d’un seul coup à une évaluation de rapport bénéfice/risque comparatif). Il est de toute façon patent que :

■les hésitations initiales des autorités sanitaires américaines se sont envolées après la présentation des résultats de cette étude IPPHS, au contraire de ce qu’insinue depuis son investigateur principal ;
■que ce soit à la conférence de pharmaco-épidémiologie de Montréal d’août 1995 ou dans l’éditorial du New England Journal of Medicine du 28/08/96, les employés de Servier n’ont pas tari d’éloge pour cette étude - dont il faudrait comprendre aujourd’hui qu’elle était atrocement défavorable aux intérêts de celui-ci.
Preuve complémentaire, s’il en était besoin, que la présente analyse ne résulte pas d’un biais rétrospectif : l’auteur de ces lignes avait réagi en temps réel à la publication du NEJM au moyen d’une longue correspondance qui s’achevait par une conclusion parfaitement - elle - dépourvue "d’ambiguïté".

"Chaque décès évitable d’un Américain atteint d’hypertension artérielle pulmonaire due à la dexfenfluramine sera la honte de tous ceux - investigateurs, consultants, responsables sanitaires, éditeurs - qui auront participé à la mascarade conduisant à conclure que les bénéfices présumés de la dexfenfluramine contrebalanceraient ses risques documentés."

Nous reviendrons ultérieurement sur le sort de cette correspondance...

La réactivité des autorités sanitaires françaises
Il est patent que dès que la fenfluramine a été testée dans des pays disposant d’une pratique suffisante de la recherche clinique (ce qui n’était certainement pas le cas de la France à cette époque), sa toxicité cardio-pulmonaire est immédiatement apparue. Dès le début des années 1980, deux observations tirées du même essai clinique illustrent les dangers de la fenfluramine. Alors même que la dexfenfluramine était encore loin de son premier enregistrement, un élémentaire bon sens eût dû conduire à s’interroger sur les risques inhérents à ce type de molécule - notamment chez les inamovibles "pharmacologues" de l’administration sanitaire française (ou de l’excellente Revue Prescrire). L’essai clinique en question n’ayant inclus que 42 patientes, lesdites observations autorisent en tout cas à relativiser l’éternel argument des autorités lorsqu’on découvre une toxicité une fois un médicament sur le marché, à savoir que le nombre de patients inclus dans les essais au cours du développement pharmaceutique serait trop faible pour permettre la détection des complications « rares ». Deux sur quarante-deux, ça fait aux alentours de 4%, et une toxicité grave susceptible de toucher 4% des patients pour un médicament avec lequel on vise une exposition se chiffrant par millions, cela réunit les conditions d’un drame de santé publique : on ne sache pas que l’étude IPPHS l’ait mis en évidence "sans ambiguïté"...

D’autre part, il est évident que compte tenu du rapport bénéfice/risque extrêmement problématique des anorexigènes [5], l’impressionnante série de Béclère (comportant 3 décès), ajoutée aux publications disponibles montrant la toxicité des fenfluramines, aurait été largement suffisante pour justifier à elle seule le retrait du produit : dans mon expérience, j’ai vu la pharmacovigilance française soucieuse de retirer précipitamment du marché un produit - étranger - à la suite de seulement deux notifications d’effets indésirables, non fatals et de causalité fort problématique... Lancer - sur proposition et financement du fabricant - une étude épidémiologique destinée à durer plusieurs années, c’était permettre à ce même fabricant de préserver des ventes de fenfluramines qui comptaient pour quasiment 10% du chiffre d’affaires de l’entreprise. C’était aussi - on en a déjà parlé - maintenir ses chances de pénétrer le marché américain, avec une promesse de bénéfices encore plus considérables.

Enfin, la circulation de la première mouture de l’étude IPPHS sous l’intitulé "Confidentiel - Ne pas diffuser" était en flagrante contradiction avec les Bonnes pratiques de pharmacovigilance diffusées par l’Agence du médicament à partir de décembre 1994 (soit 3 mois auparavant), qui recommandaient la publication transparente de toute observation ou étude pertinentes de pharmacovigilance...

Mais les autorités sanitaires françaises n’allaient pas se contenter de faire tous leurs efforts pour dissimuler la toxicité des fenfluramines et esquiver durant des années l’impératif de mesures immédiates visant à protéger les consommateurs contre le risque exorbitant lié à cette classe. Elles allaient créer les conditions pour, au contraire, maximiser l’exposition des Français à ces agents :

■d’une part, on l’a dit, en falsifiant l’évidence épidémiologique et en imputant aux anorexigènes en général une toxicité pourtant propre aux fenfluramines en particulier ;
■d’autre part - et bien pis - en concoctant des mesures visant à privilégier la prescription des fenfluramines. A partir du moment où il était posé comme une évidence que la prise en charge de l’obésité ne pouvait se concevoir que sur "le long terme" alors que les anorexigènes amphétaminiques exposaient "au risque de dépendance" (APM 30/10/95 ; D&P Actualités 1995 ; 41 : p. 17), la conclusion s’imposait : tout sujet obèse - à ce titre justiciable d’un traitement "sur le long terme" - devait se voir prescrire une fenfluramine. Le fabricant ne s’y trompera pas qui interprétera ces décisions (sans s’attirer le moindre démenti) comme « confirm[ant] l’existence d’un rapport risque/bénéfice positif avec les fenfluramines » (SCRIP, n° 2074, p. 23). En revanche, on ne sache pas que ni les inamovibles "pharmacologues" de la Commission nationale de pharmacovigilance (ou de l’excellente Revue Prescrire), ni « Le Français par qui le doute est devenu certitude » aient éprouvé de besoin d’une protestation publique devant une aussi insolente inversion des données médicales et épidémiologiques disponibles.
Les autorités des USA n’ayant pas tardé à apercevoir l’inconcevable toxicité des fenfluramines, leurs homologues français auraient pu simuler la bonne foi en résistant à la décision américaine de retrait de septembre 1997 - au motif, par exemple, d’une divergence d’analyse (on a vu de telles divergences internationales pour d’autres produits, dont Avandia ou Acomplia). Mais s’il ne leur faut pas plus de trois jours pour s’aligner sur leurs homologues d’outre-Atlantique, elles s’obstinent néanmoins dans la manipulation, en se limitant à la décision réglementaire qui leur permet d’obtenir a minima un retrait de fait : une simple suspension, et pour une durée d’un an seulement !

Pour ridiculisées qu’elles se trouvent ainsi dans leur analyse du problème posé par les fenfluramines, les autorités françaises - véritables Néron de la Rome édifiée par Servier - vont s’obstiner dans l’erreur en entraînant dans la chute des fenfluramines les malheureux anorexigènes amphétaminiques qui n’en pouvaient mais (alors même que "Le Français par qui le doute est devenu certitude" - et qui va bientôt accéder au poste prestigieux de directeur de la DGS - commence justement à admettre qu’au contraire de ce qu’il a soutenu jusqu’à présent, la question des hypertensions artérielles pulmonaires pourrait bien ne concerner que les fenfluramines, et absolument pas les autres anorexigènes amphétaminiques).

Or, les conséquences de cette désastreuse obstination dans l’erreur ne sont justement pas sans rapport avec l’affaire Médiator. Il s’avère en effet que par rapport à une consommation médicamenteuse certes regrettable sur un plan médical, mais difficile à contrarier en pratique, les stratégies de prohibition sont notoirement inefficaces : il n’était donc pas bien difficile, dès cette époque, de prédire que, pour immotivée qu’elle soit, l’interdiction de tous les anorexigènes allait se solder par des conséquences fort dommageables pour la santé publique en raison des pratiques forcément déviantes qu’elle allait entraîner. De fait :

■les Français vont soudain découvrir une classe d’anorexigènes notoire aux USA mais jusqu’alors inutilisée chez nous, à savoir les vasoconstricteurs à fortes doses - au prix d’une toxicité cardiovasculaire sans commune mesure avec celles des bons vieux anorexigènes amphétaminiques ;
■de la même façon, l’arrière-boutique de certaines officines va s’activer autour de préparations amaigrissantes (associant notamment extraits thyroïdiens, diurétiques, voire Médiator [6]) dont la toxicité est bien connue, contribuant de la sorte à des affaires médico-légales comme cette histoire d’avril 2006 révélant qu’une pharmacie située rue Demours (75017) délivrait des préparation amaigrissantes tenues pour responsables de plusieurs hospitalisations et d’un décès ;
■quant aux médecins peu amateurs des tambouilles officinales douteuses, il leur restera la possibilité de mimer la légalité en se contentant de prescrire le seul anorexigène connu encore disponible au Vidal : Médiator...
Quod erat demonstrandum.

Il n’est donc pas exagéré de soutenir que les mesures indécentes prises par les autorités françaises à partir de septembre 1997 ont directement contribué à la surexposition des Français à Médiator. Nul doute que la super base de données de la CNAM - jointe à l’enquête ordonnée par le Parquet - va permettre de mesurer l’impact de ces mesures sur les ventes de Médiator, et d’en tirer - cela va de soi - toutes les sanctions (civiles, administratives, pénales et ordinales) prévues par la législation et la réglementation.

De plus et si l’on s’élève un peu au-dessus du seul problème posé par les fenfluramines, l’attitude des autorités françaises, pour obstinément aberrante qu’elle ait été - notamment de 1995 à 1997 - fournit une réfutation radicale à deux assertions trop rassurantes émises lors de la récente émission de C dans l’air du 19/11/10.

■Au contraire de ce qu’ont soutenu certains participants à cette émission, il est patent - et parfaitement documenté ici - que lesdites autorités ont fait preuve de favoritisme à l’égard d’une entreprise française, et de façon assez scandaleusement voyante pour que la presse pharmaceutique internationale s’en plaigne avec une crudité de ton tout à fait inhabituelle.
■Au contraire, là encore, de ce qu’a soutenu la représentante de l’AFSSAPS, il est strictement faux que la collégialité d’un processus décisionnel en garantisse l’impartialité. En l’espèce, pour bruyante qu’ait été la réprobation des partenaires étrangers de la France (notamment des Allemands) dont les intérêts commerciaux n’étaient pas les mêmes, il est facilement documentable (cf. PJ) que la France - à la fois rapporteur sur la question des fenfluramines et en charge de la présidence du CPMP - est parvenue à imposer au niveau européen des mesures outrageusement favorables à Servier malgré l’évidence épidémiologique qui désignait ses produits comme les seuls anorexigènes exposant à un risque cardio-pulmonaire.
Réactivité américaine versus réactivité française
Trois données facilement vérifiables suffiront pour réfuter ce mythe initié par le journal Le Monde du 14/10/97 et qui s’est depuis propagé comme une traînée de poudre - notamment auprès de ceux qui n’ont pas peur d’intervenir dans le débat public sans vérifier leurs sources :

■d’emblée, les autorités américaines avaient fait état de leurs réticences à l’égard de l’Isoméride, lesquelles n’ont été levées que par la diffusion des premiers résultats de l’étude IPPHS (dont on a pu vérifier ensuite qu’ils n’étaient pas conformes à ceux qui ont été publiés ultérieurement) : on ne sache pas que réciproquement, les autorités françaises avaient témoigné d’un grand esprit critique avant d’enregistrer la fenfluramine, la dexfenfluramine ou Médiator [7] ;
■nonobstant cette tromperie, l’Isoméride n’est pas restée sur le marché américain plus de 17 mois ; après la décision radicale des autorités américaines, il a fallu encore trois jours aux autorités françaises pour prendre une mesure a minima (suspension pour un an), relativement à une classe alors présente sur leur marché depuis... plus de 30 ans (alors même que justement effrayé par la perspective de vrais procès aux USA, Servier avait, lui, immédiatement réagi en retirant ses produits du marché mondial : la super mesure "de protection" prises par les autorités françaises visait donc un médicament qui n’était plus sur le marché !) ;
■il n’a pas fallu plus de quelques mois aux autorités américaines pour détecter le problème des valvulopathies provoquées par les fenfluramines, alors qu’il a fallu encore plus de 10 ans - et l’affaire Médiator - pour que cette question devienne de notoriété publique dans notre pays, qui s’était jusqu’alors focalisé sur le problème nettement moins fréquent des hypertensions pulmonaires.
Les "études" de la CNAM
Loin de représenter quelque percée méthodologique que ce soit, les études récemment mises en oeuvre par la CNAM s’apparentent au vieux record linkage consistant à relier deux bases et qui correspond probablement la plus ancienne méthodologie exploitée en pharmaco-épidémiologie [8] : la chose n’apparaît "révolutionnaire" chez nous que parce que nous avons au moins 40 ans de retard par rapport à ce qui s’est fait ailleurs...

Le problème, néanmoins, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir des données informatisées pour en faire une base exploitable : la validation d’une base exige un travail extrêmement rigoureux qui requiert une compétence très pointue et peut s’étendre sur plusieurs années. Avant d’applaudir aux récents résultats de la CNAM, on aimerait avoir un peu plus d’informations sur la façon dont ce préalable incontournable a pu être réalisé [9]. Ce d’autant qu’avec - parmi bien d’autres - le récent fiasco du "Portail de la France" pour ne point parler des difficultés récurrentes de l’AFSSAPS à mettre en oeuvre une informatisation de la pharmacovigilance qu’elle a pourtant elle-même décidée - les exemples ne manquent pas de ratages cinglants dès qu’une administration française se lance dans un projet informatique...

Un seul exemple suffira pour confirmer a posteriori mon scepticisme méthodologique a priori. Dans la seconde "étude" de la CNAM destinée à quantifier le nombre d’hospitalisations et de décès imputables à Médiator (moyennant une série d’approximations à faire dresser les cheveux même sur une tête aussi vénérable que celle de Jacques Servier), on cherche en vain la moindre trace des désordres - pourtant durables - imputables à Isoméride ou Pondéral ; et on se demande bien comment les investigateurs ont fait pour distinguer entre les causes possibles chez les patients qui ont reçu l’un de ces produits en sus de Médiator. A quoi l’on nous rétorque qu’Isoméride ou Pondéral étant retirés du marché depuis des années, ces médicaments ne peuvent pas apparaître dans la base. Ce qui est bien dommage : par contraste, l’étude également rétrospective de Loogen et coll (1985) que j’ai citée en PJ avait réussi sans aucune difficulté à retrouver les complications imputables à aminorex, pourtant lui aussi retiré du marché depuis plus de dix ans à l’époque...

Bref et pour résumer, les experts de la CNAM ont encore du travail à faire avant de donner des leçons de nouvelle méthodologie à leurs collègues pharmaco-épidémiologistes du monde entier.

La saga brestoise
Observateur attentif de la pharmacovigilance française depuis sa création et assez bon connaisseur de la réglementation pharmaceutique, je ne connais aucune procédure justifiant qu’un particulier se présente devant la Commission nationale de pharmacovigilance. Je ne vois non plus aucun précédent et sais de science sûre que l’administration française ne plie jamais si elle n’a pas reçu l’ordre de plier, allant jusqu’à falsifier sans la moindre vergogne les données qui gênent les intérêts qu’elle couvre [10].

Pour en rester au problème des fenfluramines, rappelons qu’en 1995-97, il y avait un peu plus qu’un brave pneumologue brestois sur le coup. Ceux qui s’opposaient de toutes leurs forces aux intérêts de Servier et à l’indécent favoritisme des autorités sanitaires s’appelaient - entre autres - les Laboratoires Pierre Fabre, Hoechst-Roussel et Sandoz ; le principal épidémiologiste mandaté pour contrer l’étude IPPHS s’appelait Antoine Flahault, alors même qu’à cette époque, sa propre épouse était la représentante du Syndicat national de l’Industrie pharmaceutique auprès des autorités sanitaires (de la Commission d’AMM et de la Commission de pharmacovigilance, en particulier) : ils ont tous mordu la poussière. Sur un plan médico-scientifique, les risques des fenfluramines avaient parfaitement été mis en évidence par la prestigieuse équipe de Béclère : cette dernière a été roulée dans la farine en se laissant embarquer dans l’étude financée par Servier. Malgré l’énormité du scandale, enfin, les autorités françaises ont résisté sans ciller et des années durant à une exceptionnelle unanimité d’indignation de la presse pharmaceutique internationale (cf. PJ) [11].

Eu égard à ce précédent parfaitement documentable, il faut donc une certaine ingénuité pour gober la légende du petit Poucet brestois faisant plier le géant Servier - surtout quand, manifestement peu informé de l’historique [12] et clairement inconscient des enjeux sous-jacents, le Poucet en question présente comme des héros des inamovibles de la pharmacovigilance française pourtant forcément associés à la situation qu’il prétend dénoncer, qu’il célèbre le Directeur général de l’AFSSAPS en St Georges terrassant la publicité mensongère de Servier et qu’il reprend à son compte, sans un mot de critique, la réécriture de l’histoire initiée par JY Nau en octobre 1997...

Tout cela n’est pas très sérieux, et conduit forcément à se demander qui tire les ficelles et au service de qui : c’est exactement l’objectif du présent article.

Cerises sur le gâteau
Les deux anecdotes qui suivent sont une petite récréation destinée au lecteur assez méritant pour m’avoir suivi jusqu’à ce point de la démonstration.

Je l’ai dit plus haut : scandalisé par la publication de l’étude IPPHS dans The New England Journal of Medicine, j’avais immédiatement réagi par une longue correspondance adressée au journal. Je n’ignorais pas les contraintes de volume qui pèsent classiquement sur ce type de contribution (400 mots), mais j’estimais sans complexe que le problème de santé publique qu’allait poser aux USA l’introduction de la dexfenfluramine était assez menaçant pour que l’éditeur du NEJM requalifie mon courrier en "éditorial", "commentaire", "opinion" - ou n’importe quoi d’équivalent, quitte à en ajuster ensuite la longueur d’un commun accord. Or, et contrairement à la pratique là encore, j’allais rester ensuite sans aucune nouvelle de mon envoi. Ayant fini par m’enquérir du fait, je reçus un courrier assez embarrassé de l’éditeur m’indiquant que ma lettre avait été purement et simplement perdue - situation qualifiée de "highly unusual" [13] par mon interlocutrice. Finalement et après qu’il eut été retrouvé je ne sais trop comment, j’allais essuyer un refus catégorique au motif que je n’apportais aucun élément original et que, globalement, mes conclusions sur la dexfenfluramine étaient convergentes ("to concur") avec celle des auteurs de l’étude IPPHS. On admettra qu’il fallait un certain aplomb pour tenir comme convergentes les conclusions d’une étude et la critique qualifiant cette même étude de "mascarade" et de "honte"... Or, le piquant de toute cette affaire de publication, c’est que la signataire de cet étonnant refus n’était autre que Marcia Angell, alors rédactrice en chef du NEJM, et qui s’est depuis lors forgé une grosse réputation dans la dénonciation sans concession des fraudes pharmaceutiques et de la mainmise des fabricants sur les organes de publication médicale [14] : elle a manifestement l’expérience de ce dont elle parle...

La seconde anecdote amusante tient à la problématique des conflits d’intérêts - dont j’ai toujours soutenu qu’elle ne saurait se réduire à une circulation d’argent. A l’époque, les décisions de l’administration française étaient suffisamment incongrues pour qu’on s’interroge entre professionnels sur le financement d’un favoritisme aussi voyant. Tandis que les discussions allaient bon train entre les suspicieux et ceux qui tenaient pour acquise l’incorruptibilité des principaux actants, on avait oublié une circonstance pourtant notoire dans le milieu, à savoir la relation manifestement intime qui liait un haut responsable de l’administration sanitaire et une employée d’une des firmes ayant la licence de l’Isoméride aux USA. Il est regrettable que le Parquet, si inhabituellement actif dans l’affaire Médiator, n’ait jamais eu l’idée d’aller explorer la question d’un peu plus près, par exemple en recensant les contacts des deux tourtereaux au plus aigu de la controverse, ou encore en recherchant une éventuelle corrélation entre les émoluments de la Dame et les décisions administratives objectivement favorables à son employeur : il paraît que les gendarmes savent très bien faire ça - sous réserve, quand même, qu’ils soient mandatés par l’autorité judiciaire... En tout cas, on n’aurait pas été en France s’il n’y avait pas eu une histoire de jambes en l’air dans tout ça : après la cuisine, à quand le French sex au patrimoine de l’humanité ? Le monde de la pharmacie aura beaucoup donné, en tout cas...

La récréation étant finie, on retourne au fond.

A qui ça profite ?
Comme chaque fois en pareille espèce, le climat médiatique entretenu autour d’une histoire malheureusement assez anecdotique (toutes choses égales par ailleurs) mobilise l’affectif bien davantage que la raison, notamment via l’identification du citoyen lambda avec le vaillant petit Poucet de l’histoire : ainsi entraînés par leur potentiel d’indignation ou de compassion, les gens sont plus enclins à gober des fadaises que si leur appareil critique était sollicité. Or, à qui peuvent profiter ces fadaises que nous avons listées en début du présent article ?

Soutenue par ses meilleurs-experts et jamais contredite par ses inamovibles « pharmacologues » (sans qu’il soit possible, une fois de plus, de faire la part de la corruption et celle de l’incompétence), l’administration française - et durant des années - a continûment adultéré l’évidence épidémiologique pour imposer à nos concitoyens comme à nos partenaires européens des décisions criminelles au bénéfice exclusif d’une firme franco-française. Rien d’étonnant qu’ils soient désormais nombreux à vouloir rectifier l’histoire. On nous dispensera, par conséquent, de proposer le palmarès de ceux qui tirent le plus d’intérêt aux falsifications rétrospectives et à la réécriture du passé (en soulignant simplement de nouveau que, pour ce faire, ils peuvent compter sur le petit Poucet et, plus encore, sur la médiatisation dont il fait actuellement l’objet, laquelle propage et amplifie ses étonnantes erreurs de référencement) : il suffit de se reporter à l’historique donné en PJ. Néanmoins et relativement à la focalisation du présent site sur les problèmes de l’expertise, on relèvera comme plus particulièrement préoccupant que l’équipe de Béclère – présentée à juste raison comme le découvreur du problème fenfluramine dans notre pays – ait été (jusqu’à plus ample informé) cosignataire docile des diverses versions de l’étude IPPHS, sans jamais s’émouvoir - publiquement - ni des faiblesses de cette étude, ni de ses incohérences.

Dans cette réécriture a posteriori, poser comme une évidence pharmacologique que les fenfluramines seraient des amphétamines [15], c’est oublier que la clé du succès commercial de Servier a consisté, au contraire, à promotionner ses produits comme « radicalement » distincts de cette classe et que même au plus fort de la falsification (dans les années 1995-97), les autorités et leurs experts à la botte n’ont jamais prétendu assimiler fenfluramines et amphétamines : ils ont au contraire poussé à son extrême la distinction entre les deux classes, afin de privilégier les produits de Servier en soutenant que si la toxicité cardio-pulmonaire restait également partagée entre ceux-ci et les autres anorexigènes (ce qui était strictement faux), les premiers, en revanche, restaient exempts des sales complications propres aux amphétamines, comme « le risque de dépendance » (30/10/95). Dans l’affaire Médiator telle qu’actuellement médiatisée, l’extrême confusion des principaux intervenants relativement à ce point pourtant crucial est un indicateur fort soit de duplicité, soit d’incompétence – les deux n’étant d’ailleurs pas incompatibles…

Quant aux « études » menées par la CNAM, les rodomontades de ceux qui croient bon de les vanter ne laissent pas d’inquiéter pour l’avenir. Car outre les objections méthodologiques assez sérieuses qui précèdent, il est à craindre qu’à la différence des grandes bases informatiques qui alimentent le travail pharmaco-épidémiologique international, celle-ci ne soit pas d’accès public [16]. Or, on n’a aucune raison de croire en l’indépendance du personnel de la CNAM - lequel n’a pas craint, par exemple, de s’aligner sur les arguments les plus indigents des autorités sanitaires françaises pour mettre en doute la portée épidémiologique de ses propres données sur la sclérose en plaques. Et comme on a bien vu que ces mêmes autorités sanitaires n’ont aucun scrupule à se lancer dans des études épidémiologiques plus que douteuses, force est de se demander si ceux qui célèbrent inconsidérément la nouvelle puissance de feu de la CNAM ne sont pas, justement, en train de crédibiliser notre administration relativement à une matière – la pharmaco-épidémiologie – où elle est restée faible et où il était jusqu’à présent facile de la contredire sur la base des données internationales disponibles [17] : ceux qui, sans réfléchir plus loin que le bout de leur nez, tiennent pour acquis que la CNAM disposerait désormais d’un outil d’investigation performant – quoique regrettablement opaque – ouvrent à nos autorités un véritable boulevard pour falsifier l’évidence épidémiologique et réfuter, au nom de « leurs » propres études, toute investigation si crédible soit-elle de nature à les mettre en en difficulté. Pour le dire de façon plus synthétique : jusqu’à présent, l’administration sanitaire française était simplement ridicule quand elle s’efforçait de démentir l’évidence épidémiologique (et les faits recensés en PJ sont assez éloquents à cet égard) ; désormais, grâce à ceux qui se sont acharnés à crédibiliser les résultats de deux pauvres études Médiator, elle pourra le prendre de haut pour affirmer n’importe quoi...

J’ai gardé pour la fin l’activisme du Parquet [18], qui ne laisse pas de surprendre quand on a l’expérience de son acharnement - pour rester poli - à bloquer les plus compromettantes des affaires de santé publique [19] et que l’on sait son extrême dépendance actuelle à l’égard du gouvernement. Ce n’est donc pas lire dans une boule de cristal que de s’interroger sur ce que peut être l’objectif du gouvernement dans toute cette histoire. Le plus probable, c’est que la priorité a changé depuis 1995, et qu’il s’agit désormais moins de favoriser les intérêts d’un groupe français à l’étranger que de faciliter la transmission du second laboratoire pharmaceutique alors que son fondateur affiche 88 ans au compteur [20]. En organisant, pour la première fois en France, les conditions d’une quasi "class action" à la française, on affaiblit considérablement la valeur du groupe - et presque sur mesure : les dommages exigibles seront fortement influencés par la nature des réquisitions que prendra le Parquet au cas par cas... Mais alors pourquoi Médiator, et pas Isoméride ou Pondéral ? D’une part, parce que, comme on l’a dit, les temps ont changé, et que susciter des plaintes relativement à ces deux derniers produits pourrait soulever des problèmes de prescription. Mais, d’autre part, parce que si l’on croise les estimations américaines relativement à la fréquence des complications valvulaires (25-30%) avec les données d’exposition fournies par Servier (plus de 70 millions de sujets, dont une bonne part en France), ce sont des plaintes par millions qu’il faudrait envisager : dans sa modestie numérique, telle que confirmée par la seconde étude de la CNAM, l’affaire Médiator est beaucoup plus facilement gérable, avec bien moins de risques d’échapper à tout contrôle. Car évidemment, dans le scénario qu’on examine, si l’on voit bien l’intérêt de diminuer la valeur du groupe Servier avant la transmission, on distingue mal, en revanche, l’intérêt pour le repreneur de s’embarrasser d’une firme plombée par d’innombrables plaintes. C’est ici qu’il faut faire preuve d’imagination : une fois la transmission assurée à un prix défiant toute concurrence, le Parquet - dont on a rappelé l’indépendance par rapport au gouvernement - peut opérer un subtil revirement et s’apercevoir, pourquoi pas, que tous ces emmerdeurs qui ont porté plainte n’ont pas fourni des preuves suffisantes ni d’exposition, ni de causalité (suivez mon regard...) Variante du même scénario : le valeureux racheteur peut se voir assurer off record qu’une fois l’opération réalisée, le gouvernement proposera de créer un fond d’indemnisation. La création d’un tel fond d’indemnisation aurait un double avantage :

■virtuellement, elle ferait porter sur le contribuable les frais de succession de ce qui reste quand même un petit joyau de l’industrie pharmaceutique française ;
■elle déclencherait l’enthousiasme de tous ceux qui se sont ardemment impliqués dans la dénonciation du scandale Médiator - parlementaires, journalistes, avocats plus ou moins douteux, associations de victimes pas forcément propres sur elles, etc. - qui ne manqueraient pas d’y voir une victoire et d’en attribuer principal mérite à l’obstination héroïque d’un petit Poucet brestois...
Une affaire "exemplaire" ?
A en croire les célébrants de la saga brestoise, l’affaire Médiator est exemplaire et va permettre un grand nettoyage dans une administration sanitaire décidément corrompue. J’applaudirai des deux mains si tel est le cas, mais je reste sceptique quand j’entends les principaux responsables de cette administration hurler avec les loups, que je vois des protagonistes essentiels du scandale Isoméride présentés comme des héros de la lutte anticorruption et quand, en tout état de cause, je constate que les pires falsifications d’un passé pourtant proche sont reprises et amplifiées sans une once d’esprit critique (cf. PJ) : dans une précédente contribution, mensonges et contradictions documentables ont été classés au rang des critères de crédibilité intrinsèque et, relativement à ces derniers, le moins que l’on puisse dire, c’est que la version actuellement dominante de l’affaire Médiator manque terriblement de crédibilité...

Car :

■Si c’est par le nombre de victimes que cette affaire est "exemplaire", en quoi les 3500 hospitalisations imputées par la CNAM à Médiator pèsent-elles plus lourd que les éventuelles millions de victimes imputables à Pondéral ou Isoméride (sur la base, peut-être excessive, des estimations américaines) ?
■Si c’est par la durée d’aveuglement des autorités sanitaires françaises, en quoi un médicament disponible depuis 1976 est-il plus "exemplaire" qu’une classe introduite en France depuis 1963 et pour laquelle - n’en déplaise à la doxa officielle - on a le contre-exemple édifiant des Américains qui n’ont pas eu besoin de plus de 17 mois pour prendre des mesures radicales à son encontre ?
■Si c’est par les indices d’une possible corruption, pourquoi l’affaire Médiator - dont les principaux protagonistes sont aujourd’hui célébrés comme des héros (j’y insiste...) - est-elle plus "exemplaire" que le précédent fort récent de la grippe H1N1 où le constat d’une incroyable corruption fait désormais l’objet d’un consensus international ?
La triste réalité, c’est que dans cette dernière affaire, les innombrables commissions d’enquête se sont arrêtées au rideau de fumée de l’OMS pour n’avoir pas à investiguer plus profondément les défaillances des véritables organes de décision (l’Agence européenne et l’AFSSAPS pour ce qui nous concerne). En parallèle et dans le même temps, le parlement de Bruxelles a voté comme un seul homme la nouvelle directive scélérate sur la pharmacovigilance, qui vise simplement à transformer en norme réglementaire l’état "d’exception" pourtant scandaleux qui a permis aux fabricants de mettre sur la marché à des prix insensés des médicaments réalisés dans une précipitation encore inédite. La pauvre excuse que les Parlementaires aurait significativement amendé cette directive est une plaisanterie pour enfants de moins de 5 ans : la seule justification d’un tel projet était de faciliter le business d’une industrie pharmaceutique pourtant atrocement décrédibilisée, et la seule réponse politiquement adéquate eût dû être de la rejeter radicalement [21]

Conclusion
Dans l’optique théorisante assumée du présent site (qui vise à maintenir le cap entre une phraséologie philosophico-politique vide de contenu et un anecdotique spectaculaire sans lendemain - en abstrayant, à partir d’exemples réels et par essence temporaires, des éléments destinés à alimenter une réflexion durable tout autant qu’ancrée dans le réel), qu’il me soit permis de conclure dans trois directions : le politique, le journalisme et l’expertise.

1) Quitte à me voir sévèrement brocardé par divers correspondants désillusionnés, j’ai toujours assumé l’idée que l’état de décomposition avancée de nos instances technico-réglementaires appelait nécessairement une réaction politique. L’expérience, cependant, amène à mieux cerner les obstacles qui s’opposent à une telle reprise en main.

■Alors que les problèmes technico-scientifiques du moment appellent une information large, interdisciplinaire et approfondie, les politiques apparaissent comme des gens excessivement pressés : c’est les brutaliser que leur demander de lire plus qu’une demi-page... En conséquence :
■ils manquent terriblement d’esprit de suite, comme tragiquement illustré par leur incroyable inertie dans les suites du scandale H1N1 ;
■ils tendent à privilégier sur une information forcément exigeante les perversions du journalisme moderne, confiant aux représentants des médias des données croustillantes quoique dramatiquement anecdotiques et se satisfaisant de les voir leur revenir sous forme de scoops plus ou moins spectaculaires dont la médiatisation complaisante les confirme dans le bien-fondé d’analyses qui pèchent pourtant par un terrible défaut de profondeur.
■Professionnellement dépendants des dynamiques majoritaires, les politiques sont naturellement amenés à perdre de vue qu’en matière technico-scientifique, les avancées significatives sont le fait de minorités, voire d’individus isolés ; dès lors incapables de mobiliser une majorité autour de vues indubitablement minoritaires, ils s’épuisent à la recherche d’un consensus mou qui plie forcément devant la moindre difficulté ou le moindre risque. Quand W. Churchill promettait à ses concitoyens "du sang, de la sueur et des larmes", il n’avait certainement pas une majorité derrière lui : il sut néanmoins créer un mouvement d’adhésion collective autour d’un sacrifice aussi immense...
2) Nous vivons aujourd’hui une période de technicisation radicale caractérisée par les expériences les plus folles hors de toute maîtrise scientifique raisonnable : en d’autres termes, nous sommes aujourd’hui capables de créer des objets techniques (médicaments, bactéries, radio- ou nanoéléments...) sans aucune garantie d’un background scientifique suffisant pour en contrôler la diffusion et, moins encore, les risques. Cette situation où plus personne ne maîtrise quasiment plus rien de significatif crée les conditions de toutes les usurpations expertales [22]rares étant les survivants possédant le mélange adéquat de culot et de culture scientifique [23] pour dénoncer les impostures, en les documentant notamment sur la base de critères intrinsèques de crédibilité. Ces circonstances relativement nouvelles compromettent radicalement l’exercice traditionnel du journalisme d’investigation : contraints par le goût moderne pour "l’actualité", les journalistes sont, eux aussi, des gens pressés mais qui, en plus, possèdent le redoutable pouvoir de propager et d’amplifier les informations, fussent-elles les plus documentablement erronées. Faute, pour la plupart (incluant nombre de journalistes médicaux), d’une formation scientifique significative, ils s’en remettent à des indicateurs de crédibilité extrêmement problématiques privilégiant le pouvoir de séduction de leurs informateurs, la superficialité (donc l’intelligibilité facile) des versions, le tout ou rien - tout ça au détriment du sérieux, de la profondeur et de la nuance : d’expérience, là encore, il est très difficile - même en prenant des précautions oratoires, voire psychothérapeutiques - d’expliquer à un journaliste qu’il n’a rien compris ou qu’il est manipulé... Tout cela rend compte d’une forte hystérisation de l’information [24] - centrée sur des personnes bien davantage que sur des faits (encore moins sur des ramifications complexes de faits) - dont l’affaire Médiator fournit un parfait exemple.

3) Chacun d’entre nous a son domaine d’expertise, qui va des "savoirs profanes" aux compétences techniques ou scientifiques les plus éminentes : mais aucun d’entre nous ne peut prétendre tout savoir - ni même savoir plus que ce qu’il ne sait réellement. Récurrente, la difficulté consiste donc - et à chaque instant - à délimiter avec circonspection et intransigeance la frontière entre ce sur quoi on a des compétences supérieures à la moyenne (l’expertise) et ce sur quoi on n’en sait pas plus, voire moins que la moyenne ("incompétence relative"). Cette exigence épistémologique fondamentale vaut, encore plus, pour ceux des experts qui, à tort ou à raison, ont acquis un minimum de visibilité dans l’espace public : car le risque est grand, alors, de pervertir cette visibilité pour propager et amplifier les idées reçues dont on ne contrôle ni l’authenticité, ni la portée. Ainsi réduit au rôle de pseudo, l’expert devient alors un "malgré-nous" [25] de la rumeur ou de la propagande. Dans l’affaire Médiator, j’ai pris l’initiative de téléphoner à l’un des principaux protagonistes aujourd’hui célébrés par la presse - démarche unilatérale qui vaut à elle seule pour tout un programme. Au cours de notre entretien et relativement à une affaire que je crois bien connaître dans l’ensemble (cf. PJ), je n’ai reculé devant aucune question, si simpliste ou naïve qu’elle paraisse, à propos d’aspects qui avaient pu m’échapper jusqu’à présent : je l’ai interrogé sur la symptomatologie et le devenir des patients concernés (je ne suis pas clinicien), sur la nature des lésions en cause (je ne suis pas chirurgien), sur le rapport entre les anomalies valvulaires et l’hypertension artérielle pulmonaire (je ne suis pas anatomo-pathologiste, ni physiologiste), enfin sur le déterminisme moléculaire des lésions dues aux fenfluramines (je ne suis pas pharmacologue). Réciproquement, à aucun moment, mon interlocuteur n’a eu la moindre idée de m’interroger sur un historique qu’il méconnaissait complètement, sur la réglementation sanitaire ou les procédures de pharmacovigilance qui lui étaient clairement étrangers - quoiqu’il n’ait aucune inhibition à en parler publiquement. Je suis ressorti plus expert de cette longue conversation ; mon interlocuteur est reparti plombé dans ses certitudes et aveuglé dans ses illusions.

Au total et pour finir, c’était ma contribution du jour à mon grand oeuvre : L’Art de se faire des amis partout...

[1] DW Light, Bearing the risk of prescriptions drugs, in The risks of prescription drugs, DW Light (ed), New York, Columbia University Press, 2010, p. 3.

[2] Quoique sur des bases légèrement différentes, l’excellent Michel de Lorgeril semble penser comme moi que les positions de La Revue Prescrire appellent un minimum de critique : dommage que personne ne pense comme nous deux au comité éditorial de Prescrire...

[3] Sachant, de plus, qu’en épidémiologie comme en recherche clinique, l’élargissement des objectifs d’une étude est un excellent moyen pour noyer le poisson en cas d’alerte.

[4] C’est à juste raison que les autorités américaines considèrent l’obésité comme l’un de leurs principaux problèmes de santé publique. En revanche, elles ont fondamentalement tort lorsqu’elles jugent comme plausible que des anorexigènes contribuent à réduire ce fléau : si les risques de l’obésité sont assez connus, il n’existe en revanche aucune étude épidémiologique accréditant qu’une réduction pondérale obtenue par des moyens pharmacologiques soit le moins du monde bénéfique.

[5] On n’a jamais vu d’obèse retrouver un poids normal grâce à un coupe-faim.

[6] L’administration française prétend aujourd’hui tirer argument d’une décision ancienne interdisant l’usage de Médiator dans les préparations officinales à finalité anorexigène. Mais outre que cette décision atteste qu’elles étaient donc parfaitement conscientes du potentiel anorexigène de ce médicament en principe indiqué chez les diabétiques, l’argumentation des autorités illustre une inconscience grave et récurrente relativement au risque pourtant notoire des décisions prohibitionnistes : à savoir des stratégies de substitution visant à détourner - de façon plus ou moins délictueuse, voire criminelle - l’utilisation d’autres produits encore plus toxiques pour répondre à une demande restée inchangée malgré l’interdiction.

[7] On ne sache pas non plus qu’elles aient pris très au sérieux leur devoir de contrôle relativement aux dérapages notoires de la prescription, notamment ceux articulés autour du "syndrome du bikini" : à savoir toutes ces jeunes femmes non obèses, mais soucieuses de perdre quelques kilos à fins purement esthétiques

[8] Acheson ED. Medical record linkage. London, OUP, 1967

[9] Pour avoir une petite idée des problèmes posés, on se reportera utilement au travail réalisé par la célèbre équipe de Jick sur la non moins célèbre base de données britannique VAMP (BMJ 1991 ; 302 : 766 doi : 10.1136/bmj.302.6779.766) : c’était en 1991...

[10] En décembre 2004, en tête-à-tête et les yeux dans les yeux, le Directeur général de l’AFSSAPS a reconnu devant moi qu’il était extrêmement préoccupé par la réalité des complications neurologiques après vaccination contre l’hépatite B chez l’enfant : cela ne l’a pas empêché de couvrir l’escroquerie ultérieure consistant à augmenter la couverture vaccinale à l’insu des parents et j’ai, par ailleurs, eu l’occasion d’expliquer le rôle de l’étude Kidmus dans la dynamique de déni où se sont figées les autorités à l’égard de ce problème pourtant gravissime.

[11] Il n’est pas inintéressant, d’ailleurs, d’éclairer rétrospectivement cette indignation par le fait qu’en 2000, la Cour Européenne de Justice a purement et simplement suspendu les décisions de l’Agence européenne concernant les anorexigènes.

[12] Depuis la première publication de cet article, les "révélations" n’ont cessé de se multiplier quant aux nombreuses alertes reçues depuis longtemps par l’Agence du médicament - certaines en provenance de personnalités difficiles à ignorer : après des autorités de l’assurance maladie - trois "professeurs", s’il vous plaît (Le Figaro, 17/12/10) - ce sont aujourd’hui "des médecins de Bourgogne qui auraient alerté l’Agence eux aussi dès 1998 (La Tribune.fr, 27/12/10). Pourquoi auraient-ils été moins entendus que le petit Poucet brestois ? Tout cela ne tient guère debout.

[13] L’histoire des fenfluramines semble illustrer qu’il y a beaucoup de choses highly unusual dès qu’il s’agit des produits de Servier...

[14] Elle a notamment publié un livre qui a fait grand bruit, traduit en français sous le titre La vérité sur les compagnies pharmaceutiques : Comment elles nous trompent et comment les contrecarrer, paru en 2005 aux Editions Le Mieux-être.

[15] Je me refuse, pour ma part, à entrer dans ce débat - strictement byzantin compte tenu du contexte.

[16] Certaines de ces bases internationales ne sont pas à proprement parler d’accès public. Mais lorsqu’on demande la permission d’y accéder pour travailler, elle est très généralement accordée.

[17] Ainsi lorsqu’elle recourt au minable argument que les problèmes de toxicité liés au vaccin contre l’hépatite B correspondraient en tout et pour tout à un paradoxe franco-français, quand l’étude la plus crédible sur le sujet (Hernan et coll, 2004) a été réalisée par une équipe américaine sur une base de données britannique !

[18] Selon l’AFP (24/11/10), le parquet de Paris aurait demandé aux gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp) "un premier" rapport sur le médicament Mediator - ce qui suggère qu’il pourrait y en avoir un second, et d’autres ensuite...

[19] Sans viser le moins du monde l’exhaustivité, rappelons que ce même Parquet a requis - et obtenu - la relaxe des représentants de l’administration dans l’affaire hormone de croissance, qu’il s’est opposé à la mise en examen des fabricants de vaccins contre l’hépatite B, et qu’il n’a rien fait quand l’instruction a décidé un non lieu dans l’affaire cérivastatine, malgré une expertise médiatisée comme accablante.

[20] Le fait que ce groupe pharmaceutique soit désormais organisé en "fondation" ne change pas grand chose au problème : au-delà du formalisme juridique, une structure de ce type est extraordinairement personnalisée et il semble évident que la disparition du fondateur mettra en péril l’indépendance du groupe. Cette prophétie est, de toute façon, crédibilisée par "l’affaire Médiator" dont tout le présent article vise à démontrer qu’elle est sinon incompréhensible : et par le nombre de victimes (extrêmement faible toutes choses égales par ailleurs), et par l’inexplicable tardivité du scandale, et par l’invraisemblance des circonstances ayant conduit à sa révélation, et par le caractère éminemment suspect de l’unanimité dans la dénonciation d’une corruption qui devrait en mettre plus d’un mal à l’aise.

[21] D’autant que les "amendements" obtenus par les Parlementaires visent la prise en compte des notifications faites par les patients, mystification grossière (sur laquelle je reviendrai éventuellement dans un article ultérieur) organisée depuis longtemps par les fabricants et les administrations sanitaires et dont le solde net est d’accentuer la décrédibilisation des données de pharmacovigilance, comme illustré par la pseudo prise en compte des signalements centralisés par les associations de victimes du vaccin contre l’hépatite B - dont le seul résultat tangible est qu’elle a conforté les autorités dans leur position d’inconcevable déni.

[22] Les deux dernières émissions télé auxquelles j’ai participé en fournissent chacune un exemple. Dans la première, deux des autres intervenants étaient respectivement pneumologue et pharmacien : personne ne semble s’être avisé que la dernière (la représentante de l’AFSSAPS) n’avait strictement aucune compétence d’espèce, étant économiste... Dans la seconde, j’ai été présenté comme "spécialiste de pharmacovigilance" - activité que je pratique effectivement depuis près de 30 ans -, les trois autres participants étant respectivement pneumologue, journaliste et représentant d’association apparemment dépourvu de toute formation médico-pharmaceutique : or, à chaque fois que le débat a directement porté sur une question de pharmacovigilance, il ne m’a simplement jamais été possible de prendre la parole...

[23] Il y a certes des esprits courageux, et la race des scientifiques cultivés n’est heureusement pas éteinte : mais il s’avère bien difficile, en pratique, de trouver de bons scientifiques courageux - sachant de plus que les risques du culot pour une carrière sont de plus en plus élevés.

[24] Hystérisation parfaitement illustrée par les révélations de Wikileaks contemporaines du présent article, qui ont certes exigé un immense travail journalistique de dépouillement, mais qui se bornent, pour l’essentiel, à des anecdotes plus ou moins spectaculaires - comme celle d’un président de la République courant après un chien pour rattraper un lapin...

[25] Cf. Alertes grippales, pp. 41-2.


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Médiator : post-scriptum n° 1
Message le Lun 24 Jan 2011 - 0:35 par sidaventure
Médiator : post-scriptum n° 1
Séduire les journalistes sans risquer l’extradition...

Même mes plus fidèles admirateurs me le disent à propos de mon dernier article : "tu es trop long"...

Avec un minimum d’esprit critique, on pourrait certes penser que c’est la presse qui en fait trop : même les frasques de Berlusconi ou les déboires d’Assange ne parviennent pas à susciter une telle unanimité de réprobation.

Mais bon : admettons que j’en aie déjà trop dit. Désormais, c’est promis : je vais contraindre mes interventions sur cette histoire à de simples post-scriptum.

L’évolution médiatique du pseudo-scandale Médiator illustre jusqu’à la caricature le point 2) de ma conclusion concernant l’effet de séduction sur les journalistes en quête de sources.

Ainsi, pour "tirer les conséquences des scandales", France Soir du 22/12/10 a l’idée d’aller interroger notre petit Poucet brestois. Mais à partir du moment où les plus inamovibles du système qu’il prétend dénoncer sont présentés comme des héros, que le Directeur général de l’AFSSAPS apparaît, lui, comme un preux, tandis que le ministre a toutes les allures d’un "homme honnête", qui va devoir payer pour le scandale : les hôtesses d’accueil ? l’entreprise de nettoyage ? l’équipe de gardiennage ?... Vaguement en retrait sur la thèse de son livre qui tenait pour acquise la proactivité des autorités françaises relativement aux fenfluramines, PP (Petit Poucet) admet maintenant que "il y a d’abord eu le scandale de l’Isoméride" avant de soutenir sans rire : "pourquoi pas un troisième [scandale] ?"Un "troisième" ?!!

Le pauvre n’a pas dû entendre parler du Distilbène, de l’hormone de croissance, de Glifanan, de Gabrène, de Vioxx, de Cholstat, d’Acomplia, d’Avandia, de l’hormonothérapie de substitution, d’Hexavac, de Champix, de Protelos, de Ketek, de Stilnox, de GenHevac, de Gardasil, de Diane, des vaccins H1N1, des antidépresseurs sérotoninergiques, des biphosphonates ou des fluoroquinolones - pour ne citer que ceux-là.

Et si PP veut faire rougir ses héros de la pharmacovigilance française, qu’il s’essaie à aller leur dire en face : "Ticlid". On lui expliquera ensuite l’histoire - pardon, le scandale...

Quand au Monde du 21/12/10, c’est au rédacteur en chef de la Revue Prescrire qu’il offre une tribune pour pérorer, après l’invitation de Xavier Bertrand : "mieux vaut tard que jamais. Je répondrai à l’invitation. Pourtant, tout notre travail sur le Mediator était déjà dans notre revue. Nous l’avons dénoncé depuis 1997..."

Espérons que l’irremplaçable Revue Prescrire profitera de l’occasion pour documenter ses protestations [1] contre l’amalgame opéré par les autorités françaises à partir de mars 1995 entre "fenfluramines" et "amphétaminiques", dont on a expliqué plus haut qu’il est très directement à l’origine du report de prescriptions anorexigènes vers Médiator...

[1] Jointes à celles des inamovibles de la pharmacovigilance officielle qu’elle s’honore de compter parmi ses rédacteurs.


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Médiator : post-scriptum n° 2
Message le Lun 24 Jan 2011 - 0:41 par sidaventure
Médiator : post-scriptum n° 2
"Renforcer la pharmacovigilance"

Au moins aussi crédible que Météo France en ce dur mois d’hiver, mon premier bulletin consacré à la micro-tempête Médiator s’était interrogé sur le rapport entre la médiatisation démesurée de cette histoire et le vote récent par le Parlement européen d’une nouvelle directive de pharmacovigilance que je n’ai cessé de dénoncer. De fait, on constate depuis que sous la houlette de l’excellent Xavier Bertrand (Le Figaro, 19/12/10), tous les jobards se regroupent derrière un seul et même slogan : "renforcer la pharmacovigilance".

Or, à l’exclusion de toute réflexion profonde quant aux échecs réitérés du système et à leurs causes, quel est le leitmotiv de cette directive scélérate ? Renforcer la pharmacovigilance... Tiens donc ? On voudrait nous convaincre que le Parlement de Bruxelles a pris le bon cap dans la tempête qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

La réalité, c’est que n’en déplaise à d’aucuns qui ne craignent pas de ramener le réel à leur seule ingénuité, cette pharmacovigilance n’en est pas qu’à son "deuxième" échec : depuis qu’elle s’est réglementée dans le courant des années 1980, elle n’a jamais fonctionné - et elle ne fonctionnera jamais pour la bonne et simple raison qu’elle a été conçue en dépit du bon sens [1]. Sur la vague promesse d’une pharmacovigilance "renforcée" [2], la nouvelle directive européenne vise simplement à justifier un relâchement des obligations bien plus contraignantes et bien plus coûteuses au moment du développement clinique (avant l’autorisation de mise sur le marché) : force est de constater que la scandaleuse démission des Parlementaires devant le lobby de l’industrie pharmaceutique est providentiellement servie par la démesure médiatique organisée autour de l’affaire Médiator [3]...

[1] Girard M. Data quality in post-marketing surveillance. Adv Drug React Ac Pois Rev 1986 ;2:87-95.

Girard M. Post-marketing surveillance : an art or a science ? Drug Inf J 1986 ;20:347-349.

[2] Et alors même que la directive est introduite par un argumentaire indigent visant à justifier que les contraintes actuelles de la pharmacovigilance (notamment celles des rapports périodiques de tolérance) sont d’ores et déjà trop lourdes pour les fabricants, sans que personne, apparemment, ne s’avise de la contradiction consistant à réclamer un allègement des obligations qui leur sont faites sous le prétexte d’un "renforcement" !

[3] Rappelons que, pourtant mesure phare du précédent "renforcement" de la pharmacovigilance, le fameux "plan de gestion des risques" a été introduit en remède présumé au scandale de "l’affaire Bayer", au début des années 2000 : depuis, on a vu le résultat...


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Médiator : post-scriptum n° 3
Message le Lun 24 Jan 2011 - 0:42 par sidaventure
Médiator : post-scriptum n° 3
Indemniser qui et comment ?

Reprenant une intuition exprimée dès ma première intervention publique sur Médiator ("qui va payer ?"), un précédent article anticipait sur une indemnisation de victimes en forme de piège à cons...

Pas trop mal vu, apparemment. Car quelques jours à peine après cette prophétie, les autorités claironnent sans vergogne décelable que "les victimes" vont être intégralement prises en charge par l’assurance maladie. C’est une première étape...

Mais quelles "victimes", au fait ? Identifiées sur la base de quels critères diagnostics ? Pour entreprendre quel traitement ? Fondé sur quelle "évidence" ? Il va encore falloir demander à la Haute Autorité de Santé d’arbitrer - par exemple avec des références médicales opposables...

Conscientisant sans doute (il y a un temps pour tout) l’incongruité de la proposition, les autorités assurent ensuite que la CNAM ne manquera pas de se retourner contre le fabricant. A la bonne heure !

Mais selon quelle procédure ? Et quels critères d’imputabilité ? Si c’est ceux auxquels s’est arrêté "l’homme par qui le doute est devenu certitude", il sera difficile de discriminer entre Médiator et "tous les amphétaminiques" - notamment ceux qui n’étaient pas commercialisés par Servier [1]. Et si c’est ceux retenus par les super études épidémiologiques de la CNAM, on ne peut pas se contenter d’une base où sont effacés tous les médicaments reçus depuis plus de trois ans - relativement à des complications en principe durables.

On a connu la Justice plus regardante...

[1] Et si, pour simplifier, on se décide enfin à admettre que les amphétaminiques non fenfluraminiques n’exposent pas au risque cardio-pulmonaire des fenfluramines, pourquoi ne pas remettre les premiers sur le marché ? Et pourquoi pas indemniser les fabricants pour le préjudice commercial consécutif à une suspension dont l’absence de motivation apparaît désormais ?


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Médiator : post-scriptum n° 4
Message le Lun 24 Jan 2011 - 0:45 par sidaventure
Médiator : post-scriptum n° 4
Des "menaces" qui tombent à pic...

Cela tombe super bien ! Alors que sous l’influence d’on ne sait trop qui ou quoi, la rectitude de ses analyses commençait d’être mise en cause, voilà-t-il pas que "l’homme par qui le doute est devenu certitude" révèle les effroyables menaces que lui a valu son engagement constant en faveur de la Vérité (pour ne point parler du sévice consistant à l’expédier ensuite dans cette abominable colonie pénitentiaire que l’on appelle Direction Générale de la Santé) : il y a vraiment des gens qui vivent dangereusement...

Quelles menaces, en fait ? On ne sait pas exactement [1] , mais on a quand même une damnée lettre qui parle de "neutraliser ces messieurs, sans paraître comme agressifs envers eux" (Libération, 23/12/10). Une lettre datée du 22 mars 1996 [2], barrée du tampon "confidentiel" (exactement comme le rapport "préliminaire" de notre vaillant expert qui a ouvert à Servier les portes du marché américain) et qui attend juste la tempête médiatique que l’on sait pour fuiter quinze ans après : c’est ballot ! On a connu Servier plus efficace dans le secret [3] - mais la vieillesse est un long naufrage, comme disait déjà De Gaulle à propos de Pétain [4]...

Certes, la stylistique du marketing pharmaceutique n’est pas celle que Geneviève de Fontenay s’échine à inculquer aux futures représentantes du charme français : ceci devrait relativiser cela [5]. Mais en l’espèce, il y a quand même l’histoire des "petits cercueils" supposés avoir accompagné cette rhétorique torve : là, ça rigole plus, car petit cercueil deviendra grand...

Confronté à une menace aussi lisible (des petits cercueils pour neutraliser "sans paraître comme agressifs" [6] !...), l’intéressé a dû s’empresser de porter plainte - et il doit y avoir des traces de cette plainte. Et que les excellents limiers que le Parquet (si proactif contre Servier) s’est forcément empressé de mettre sur le coup n’aient rien trouvé - durant quinze ans ! - confirme, s’il en était besoin, l’analyse du député Gérard Bapt (26/12/10) qualifiant le groupe Servier de "mystérieux" et d’"extraordinairement habile" : moins il y a de preuves, plus c’est clair qu’elles ont été dissimulées...

Tout se recoupe, finalement - et c’est proprement effrayant : à s’en faire péter les valvules [7]...

Au chapitre des critères intrinsèques de crédibilité, j’avais proposé celui des "performances antérieures" : cela concernait les experts, mais mutatis mutandis, on voit bien que l’on pourrait les adapter aux journalistes. Justement, au chapitre des performances antérieures du journaliste auteur de ces providentielles révélations sur les menaces terribles qui authentifient rétrospectivement l’audacieuse témérité de "l’homme par qui le doute est devenu certitude", il y en a une - parmi d’autres [8]- que j’aime bien (et que je ne loupe jamais une occasion de rappeler). C’est lorsque dans Libération du 27/09/04, le journaliste en question n’avait pas craint d’écrire textuellement : « aucun effet secondaire grave n’est apparu chez les moins de 16 ans [après vaccination contre l’hépatite B] » - en flagrante contradiction avec tous les documents officiels disponibles sur le sujet [9]. Cette réécriture onirique du réel épidémiologique lui était venue, comme par hasard, à l’occasion d’une interview avec l’un des cosignataires de l’étude IPPHS, ami notoire de "l’homme par qui etc." - et réciproquement...

Comme quoi, c’est bien utile d’entretenir de bonnes relations avec les journalistes. Surtout quand ils ont un tel souci de vérification...

[1] Peu soucieux d’amputer mon budget Carambar en soutenant la presse à la botte, j’avoue ne pas avoir vu la reproduction de ce courrier (d’où appel d’offre : merci aux lecteurs qui l’ont de bien vouloir m’en adresser une copie. Mais d’après ce que je comprends après recoupements, la lettre en question ne cite même pas nommément les "messieurs" ainsi visés par de pseudo-menaces.

[2] A cette date, l’administration américaine s’apprête à autoriser la dexfenfluramine et, comme je l’ai rappelé dans mon historique des faits, Servier doit beaucoup au futur directeur de la DGS pour cette autorisation pourtant bien mal barrée avant le rapport "préliminaire" de l’étude IPPHS (daté de mars 1995 et dont on apprendra plus tard qu’il avait été réalisé à la hâte) : on comprend donc mal l’ire de Servier à l’encontre du responsable de ce rapport objectivement providentiel...

[3] Le Canard Enchaîné, 08/12/99.

[4] On a aussi connu plus efficace dans la représaille : car, comme l’explique un article de Michel de Pracontal sur le site de Médiapart, on trouve encore Abenhaïm collaborant avec ce groupe pharmaceutique en 1997... Mieux : un article ultérieur du même journaliste documente que dix ans après, Abenhaim collaborait toujours avec le destinataire de ce fax "menaçant", à savoir le Laboratoire Wyeth, ex-licencié de Servier pour l’Isoméride : on a vu des "menaces" plus opérantes...

[5] De fait, la presse s’était montrée moins émotive quand les autorités françaises s’alarmaient de "la lutte au couteau" que se livraient deux fabricants pharmaceutiques pour l’obtention d’un marché public : les exemples pourraient être multipliés...

[6] On n’ose imaginer jusqu’où serait allé Servier s’il avait opté pour l’agressivité...

[7] Encore un diagnostic différentiel à prendre en compte dans la prochaine super étude de la CNAM : les lésions cardiaques d’indignation.

[8] Dans Libération du 05/02/08, juste avant le début du procès, le même louait trois intervenants de l’affaire hormone de croissance en raison de leur rôle "décisif pour éviter l’embourbement du dossier" : le juge d’instruction, le procureur de Paris qui avait promis "un procès exemplaire" et un avocat de victimes, choisi parmi de nombreux autres sur des critères difficiles à apercevoir. On ne sache pas qu’il ait ensuite repris son palmarès pour déterminer le rôle de ces trois-là dans une relaxe pourtant aussi prévisible que prévue : il y a des fois où il vaudrait mieux rester "embourbé" que de se flanquer dans le mur...

[9] Incluant même les plaidoyers les plus partiaux des responsables les plus compromis en faveur de cette vaccination : j’ai souvenir d’avoir discuté de cet article avec une des responsables pourtant les plus bornées de l’AFSSAPS, qui n’en revenait simplement pas.


MEDIATOR – Départ annoncé du patron de l’Afssaps
« Comment ne pas être taraudé par une interrogation lancinante sur ce qui aurait pu et dû être fait pour que l'usage et le mésusage de ce médicament cessent plus tôt ? », écrit le directeur de l’Afssaps qui appelle à une réforme sur 4 « fronts principaux » à savoir le pluralisme, la transparence, les conflits d'intérêts et la pharmacovigilance.
source

http://www.enviro2b.com/2011/01/13/mediator-depart-annonce-du-patron-de-lafssaps/
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Re: Médiator : un conte pour Noël ?
Message le Lun 24 Jan 2011 - 17:00 par sidaventure
En 2009 le fabricant de médator a été fait grand croix de la légion d'honneur par son ancien avocat devenu président de la république alors que l'on savait déjà sauf étrangement dans les hautes sphère gouvernementale, que ce médoc était inefficace et meme dangereux. il faudrais peut etre aussi que l'0rdre ait le courage de radier ceux qui ne sont plus digne comme par exemple les immigrés fiscaux ...
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Re: Médiator : un conte pour Noël ?
Message le Lun 24 Jan 2011 - 23:49 par Kristal
Bientôt c'est les victimes que l'on enverra en prison pour ne plus les entendre gémir, les voyous et criminels eux sont productifs, ils génèrent des traumatismes et des stress, phénomènes reconnus commelargement bénéfiques pour le commerce.
Ils y en a même à qui l'on remet des médailles et autres Label .
Comme en novembre dernier la Remise du Label Diversité à Anne Lauvergeon directrice d'Areva
par le ministre de l'immigration, de l'Intégration,de l'Identité nationale et du développement solidaire.
Alors que les déchets des usines d'exploitation de l'uranium se baladent en plein air au Niger et cause des dommages aux populations locales .

Je crois que la coupe est pleine ! Les gens en ont vraiment marre de tous cela...
Jusqu'ou nous mènera encore ce pouvoir de l'argent ?
Les valeurs humaines ne sont elles pas primordiables ?

Dans tous les dommaines :l' énergie, l'alimentation et la pharmacopée ...
le principe de précaution saute face aus intérets financier ...
Partout et dans de nombreux pays le budjet public est revu à la baisse.
Dans le médical, la sécurité, la recherche, l'éducation, le social ...
Pendant ce temps là, les grandes entreprises planque leur fric dans des paradis fiscaux...
Combien de temps encore allons nous tenir et continuer à nous laisser bernés ...
La situation devient infernale et les perspectives d'avenir pour les générations future
bien sombres . Tout le monde en a parfaitement conscience ...
Il faut que tout cela change ou nous allons tous devenir fous .
Re: Médiator : un conte pour Noël ?
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Médiator : un conte pour Noël ?

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